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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401374

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401374

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, M. B D, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de quinze jours, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, subsidiairement, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le même délai ou à titre très subsidiaire de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- est entachée d'une inexactitude matérielle des faits en ce qu'il justifie de sa présence sur le territoire français depuis le mois de décembre 2016 ;

- méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- est illégale, par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

M. B D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère ;

- et les observations de Me Terrasson, avocat de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant comorien né en 1983, déclare être entré en France en décembre 2016. Le 13 mai 2019, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Cette demande a été refusée par le préfet de l'Isère, le 5 novembre 2019, qui lui a également fait obligation de quitter le territoire français. Cette décision a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble le 30 décembre 2020 ainsi que par la cour administrative d'appel de Lyon par une ordonnance du 6 octobre 2021. Le 22 décembre 2022, M. B D, qui s'est abstenu d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, a sollicité un titre de séjour sur le fondement des article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans la présente instance, il demande l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté a été signé par M. F A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui a reçu délégation de signature par un arrêté du 26 juillet 2022 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi () ".

4. D'une part, M. B D, qui déclare être entré en France le 3 décembre 2016, soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet de l'Isère a estimé qu'il ne justifiait pas d'une présence continue en France. Toutefois, c'est sans erreur d'appréciation que la décision attaquée mentionne que ce temps de présence n'est lié qu'au maintien sur le territoire en situation irrégulière de l'intéressé malgré une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il s'est abstenu d'exécuter. Le moyen doit dès lors être écarté.

5. D'autre part, M. B D se prévaut de la présence en France de sa compagne, de nationalité comorienne, de leurs deux enfants communs, de même nationalité, et des trois enfants de sa compagne, nés d'une précédente union, parmi lesquels deux seraient de nationalité française. Toutefois, il ne produit aucun élément de nature à établir la nationalité française alléguée de ces enfants. Il ressort des pièces du dossier que le requérant conserve des attaches personnelles et familiales fortes dans son pays d'origine où résident ses parents et ses quatre frères et sœurs. A l'inverse, M. B D ne justifie pas de l'existence de liens anciens, intenses et stables en France. Aucun obstacle avéré n'empêche que la cellule familiale se reconstitue hors de France. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

6. Enfin, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. La décision attaquée n'a pas pour effet de séparer les enfants mineurs de leurs parents et la cellule familiale peut se reformer aux Comores, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où les enfants mineurs pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

8. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour ayant été écartés, M. B D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, et eu égard aux effets d'une mesure d'éloignement, le préfet de l'Isère, en obligeant M. B D à quitter le territoire français, n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il n'a pas davantage entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Terrasson et au préfet de l'Isère. Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme E et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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