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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401439

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401439

jeudi 24 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDE CAUMONT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de M. B D contestant la décision du ministre de l'intérieur du 23 janvier 2024 qui retirait des points de son permis de conduire et constatait sa perte de validité. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions dirigées contre les retraits de points pour des infractions des 7 novembre 2018 et 18 janvier 2020, car ces points avaient été restitués avant l'introduction de la requête. Sur le fond, le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait, estimant que cette notification n'affecte pas la légalité des retraits mais seulement leur opposabilité. Enfin, concernant le défaut d'information préalable, le tribunal a appliqué les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, mais la décision finale n'est pas précisée dans l'extrait fourni.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 février 2024 et le 8 juillet 2024, M. B D, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 23 janvier 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré deux points de son permis de conduire, lui a renotifié les retrais antérieurs et l'a informé de ce que son permis de conduire était nul faute de points ;

2° d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas bénéficié des informations mentionnées aux articles L. 222-3 et R. 222-3 du code de la route et la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 7 novembre 2018 et 18 janvier 2020 sont irrecevables ;

- s'agissant des autres retraits de points, les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. WYSS a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a commis une série d'infraction au code de la route les 10 septembre 2014, 9 janvier 2016, 24 septembre 2016, 10 janvier 2018, 23 janvier 2018, 7 novembre 2018, 18 janvier 2020, 3 octobre 2021, 25 novembre 2021, 17 avril 2022 et 11 juillet 2023. Par une décision du 23 janvier 2024, référencée " 48SI ", le ministre de l'intérieur a retiré deux points du permis de conduire de M. D suite à une infraction du 17 août 2023, a renotifié les retraits de points précédents et a constaté la perte de validité de ce permis. M. D saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48SI " du 23 janvier 2024 portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutifs aux infractions des 7 novembre 2018 et 18 janvier 2020 :

2. Il résulte du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. D que les points retirés suite aux infractions des 7 novembre 2018 et 18 janvier 2020 ont été restitués au requérant respectivement les 4 août 2019 et 7 avril 2021, antérieurement à l'enregistrement de la requête. Par suite, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que les conclusions du requérant dirigées contre ces deux retraits de points sont irrecevables.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. D ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que les retraits de points demeurant en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

5. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. M. D soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions en litige.

S'agissant des infractions des 24 septembre 2016, 7 novembre 2018, 3 octobre 2021 et 17 avril 2022 :

6. depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction au code de la route entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction que les infractions du 24 septembre 2016, 7 novembre 2018 et 3 octobre 2021 ont été constatées par procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé et le ministre produit les procès-verbaux signés par le requérant. S'agissant de l'infraction du 17 avril 2022, le ministre produit le procès-verbal revêtu de la mention " refus de signer ". M. C n'est par suite pas fondé à soutenir que ces retraits de points sont intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction du 10 septembre 2014 :

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. D que l'infraction commise le 10 septembre 2014 a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique versé à l'instance, signé par M. D, qui mentionne l'adresse indiquée lors de l'interception du véhicule. Sur cette base, l'agent verbalisateur a constaté l'infraction sur un outil dédié, avant de télétransmettre les données y afférentes au Centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il ressort du bordereau d'accompagnement du procès-verbal électronique versé à l'instance par le ministre, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis comportant les informations requises a été envoyé le 16 septembre 2014 à M. D à l'adresse validée par le requérant, sans retour avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " (NPAI). Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant dispensé au requérant l'information préalable exigée par le code de la route.

S'agissant des infractions des 9 janvier 2016 et 25 novembre 2021 :

9. Ces deux infractions sanctionnent des excès de vitesse et ont été constatées par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique. Si l'administration produit la copie des procès-verbaux dressés à pour chacune de ces infractions, ces documents ne sont pas signés par M. C qui indique sans être contredit ne jamais avoir réglé les amendes correspondantes. Toutefois, l'administration soutient que M. D a bénéficié à l'occasion des infractions précédentes des 24 septembre 2016, 7 novembre 2018 et 3 octobre 2021 des informations légalement exigées, comme il a été dit au point 10. Ces informations concernent également des excès de vitesse et sont, s'agissant de l'infraction du 25 novembre 2021, suffisamment récente. En revanche, elles sont toutes postérieures à l'infraction du 9 janvier 2016. Par suite, s'agissant de cette dernière infraction, M. D est fondé à soutenir que le retrait de deux points consécutifs à cette infraction est intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions des 10 janvier 2018 et 23 janvier 2018 :

10. Il résulte du relevé d'information intégral de M. D que les infractions relevées les 10 janvier 2018 et 23 janvier 2018 par radar automatique ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit des attestations de paiement émises par le trésorier du CNT-CSA, qui établissent que le requérant s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Il a dès lors nécessairement reçu à l'adresse de son domicile un avis d'amende forfaitaire majorée relative à ces infractions, établi sur les modèles comportant les mentions exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de ce que le retrait de points n'aurait pas été précédé de l'information requise par les dispositions du code de la route doit être écarté.

S'agissant des infractions des 11 juillet 2023 et 17 août 2023 :

11. Ces deux infractions sanctionnent des excès de vitesse et ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique. Comme il a été dit au point précédent, M. D a été régulièrement destinataire des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions des 10 janvier 2018 et 23 janvier 2018. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs à ces deux infractions seraient survenus aux termes d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

12. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. "

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. D s'est acquitté des amendes mises à sa charge en conséquence des infractions demeurant en litige et les mentions AF et AM figurant au relevé d'information intégral concernant ces différents retraits de points permettent d'établir la réalité des infractions en litige. Il n'est pas établi, ni même d'ailleurs allégué, que M. D aurait formé une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de ces infractions ou de l'envoi des avis de contravention ni formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Eu égard aux motifs retenus, et même en tenant compte des points déjà restitués au permis de conduire de M. D et de l'annulation du retrait de points consécutifs à l'infraction du 9 janvier 2016, le permis de conduire de M. D demeure nul et les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à titre principal, les frais demandés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La decision de retrait de deux points en consequence de l'infraction du 9 janvier 2016 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2025 .

Le président,

J. P. WYSSLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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