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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401599

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401599

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 1
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars et le 20 mars 2024, M. D C, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ méconnait les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du même code

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mars 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Wyss a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité albanaise, est entré en France à une date inconnue. Il a été placé auprès du conseil départemental de l'Hérault en tant que mineur non accompagné puis a bénéficié de deux titres de séjour en qualité de travailleur temporaire valables jusqu'au 3 décembre 2022. Il a été placé en retenue le 6 mars 2024 pour vérification de sa situation administrative. Par arrêté du même jour dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. C, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C vit en concubinage depuis 2020 avec une ressortissante italienne dont il n'est pas soutenu qu'elle serait dépourvue de droit au séjour en France. Ils justifient d'un logement commun à Béziers à compter du 12 mars 2020 puis à Thonon les Bain à l'adresse mentionnée sur la requête. Mme E est enceinte et le terme est prévu au 20 avril 2024. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. C est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet de la Haute-Savoie a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, par suite, à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Compte tenu du motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute Savoie de délivrer à M. C un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

5. M. C a été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Djinderedjian, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Djinderedjian de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 6 mars 2024 est annulé.

Article 3: Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4: Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Djindererdjian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Djinderedjian, avocate de M. B, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. B.

Article 5: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Djinderdjian et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le président

J.P. Wyss

La greffière

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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