Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401673

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantDABBAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, M.X se disant Yazid Miloud D, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Savoie pour une durée de trois mois renouvelable ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie :

- de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai d'un mois à compter du prononcé du jugement ;

- à titre subsidiaire de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter du prononcé du jugement ;

- titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'auteur des décisions n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu .

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024 le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 février 2024 le préfet de la Haute-Savoie a prolongé de trois ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. D par son arrêté du 7 octobre 2021. Par un arrêté du 24 février 2024 le préfet de la Haute-Savoie a assigné à résidence M. D dans le département de la Haute-Savoie pour une durée de trois mois renouvelable. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation de cette décision portant assignation à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Par un arrêté du 1er décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Haute-Savoie a donné délégation à Mme C A, Sous-Préfète de l'arrondissement de Saint-Julien-en-Genevois pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et sa lecture démontre que la situation de l'intéressé a fait l'objet d'un examen particulier, complet et préalable.

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. D fait valoir qu'il est diplômé en coiffure en Algérie et depuis son entrée en France exerce principalement dans ce secteur. Il invoque une situation psychologique difficile depuis 2020. Il soutient qu'il est particulièrement proche des deux enfants de son frère et de sa belle-sœur chez qui il réside. Il indique qu'il les accompagne régulièrement à l'école et dans leurs activités extra-scolaires. Toutefois M. D s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement décidée le 7 octobre 2021. En outre, il représente une menace pour l'ordre public dans la mesure où il est défavorablement connu des services de sécurité pour des faits d'usurpation d'identité. Par ailleurs il ne justifie pas d'attache familiale ou personnelle en France à l'exception de son frère et n'établit pas être démuni d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où réside sa famille notamment ses deux sœurs. Ainsi, eu égard notamment aux conditions et à la durée de son séjour en France, M. D n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision en méconnaissance l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Huard et au le préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le magistrat désigné,

S. B La greffière,

A. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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