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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401731

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401731

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2024 sur renvoi du tribunal administratif de Lyon, M. H F, représenté par Me Samba-Sambeligue, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination avec interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

3°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, somme qui sera versée à l'avocat sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

M. G F soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier et complet de sa situation ;

- a été signée par un auteur incompétent ;

- méconnaît l'article R 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- méconnaît les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français la décision :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu les pièces transmises au tribunal par le préfet de la Savoie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Samba-Sambeligue, représentant M. G F.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté l'arrêté du 28 février 2024 le préfet de la Savoie a obligé M. G F, ressortissant égyptien, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. G F demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. G F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrange s et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

4. Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.

5. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dès lors qu'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet doit, lorsqu'il envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

6. M. G F indique sans être contredit que lors de son audition par les services de police il a évoqué ses problèmes de santé liés à ses addictions à l'alcool et à la méthadone. Il a indiqué qu'il souffrait également d'une hépatite C et qu'il devait effectuer une cure au centre hospitalier public d'Hauteville. Il a également indiqué qu'il était suivi par le centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues à Chambéry. Le requérant a produit au dossier un certificat médical du docteur D E indiquant qu'il a été diagnostiqué pour une hépatite C et a eu une consultation avec le docteur C le 27 février 2024. Le Dr E a en outre précisé que M. G F était suivi tous les mois pour un traitement substitutif de méthadone qui semble bien pris. Elle indique enfin que M. G F était très motivé pour un projet de sevrage d'alcool prévu à l'hôpital de Chambéry suivi d'une cure pour laquelle il sera aidé par une association.

7. Dans ces conditions, ces éléments st de nature à révéler que M. G F était susceptible de bénéficier des dispositions protectrices de l'article L. 425-9 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même il n'aurait pas sollicité son admission au séjour pour raisons de santé. Par suite, le préfet de la Savoie, qui avait connaissance du procès-verbal d'audition et des conditions d'interpellation de l'intéressé ainsi que de ses conditions d'entrée et de séjour en France, aurait dû, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire, saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour avis sur son état de santé. Dès lors, M. G F est fondé à soutenir que, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet a méconnu les dispositions susvisées.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. G F est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2022 par laquelle le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à son motif, la présente annulation implique seulement que le préfet de la Savoie réexamine la situation de M. G F dans un délai qu'il y a lieu de fixer à trente jours à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais irrépétibles du procès :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : M. G F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet de la Savoie du 28 février 2024 obligeant M. G F à quitter le territoire français sans délai, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et fixant le pays de destination est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au le préfet de la Savoie de procéder au réexamen de la situation de M. G F dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à Me Samba-Sambeligue et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le magistrat désigné,

S. ALe greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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