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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401755

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401755

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 14 mars 2024, M. B A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer le titre de séjour sollicité lui permettant d'exercer en France une activité salariée et, à défaut, de réexaminer son dossier, le tout dans un délai de deux mois et en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

Le refus de titre de séjour

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un vice de procédure faute pour le préfet de la Drôme d'avoir sollicité l'avis de la structure requis par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les conditions ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination

- se fondent sur un refus de titre de séjour illégal ;

- sont illégales dès lors qu'il doit être autorisé au séjour de plein droit ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 mai 2024, M. Ban a lu son rapport. Les parties n'étaient ni ne présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen qui déclare être né le 2 mai 2004, soutient être entré en France le 5 mars 2021. Par jugement du 5 mai 2021, le tribunal pour enfants de C a " ordonné son placement provisoire pendant 6 mois à l'Aide sociale à l'Enfance, afin d'obtenir une expertise sur son état de santé mentale et dans l'attente que les pièces originales d'état civil soient transmises pour vérification ". Le 19 novembre 2021, la Cour d'appel de Grenoble a infirmé ce jugement, a dit qu'il n'y avait pas lieu à assistance éducative et a ordonné la mainlevée du placement auprès de l'aide sociale à l'enfance de la Drôme. Par l'arrêté du 27 février 2023, la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination. Par jugement du 13 juillet 2023, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cet arrêté pour méconnaissance du droit de M. A à être entendu. Le 27 juillet 2023, il a demandé, par ordre prioritaire, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour mention " étudiant " sur le fondement de l'article L.422-1 du même code et un titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 de ce code. Par l'arrêté du 15 février 2023, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Cyril Moreau, secrétaire général, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°26-2023-176 le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. Si la demande de titre de séjour du 27 juillet 2023 de M. A ne se fonde pas sur les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Drôme doit être regardé comme ayant examiné d'office ce fondement en énonçant dans son arrêté que l'intéressé " qui n'a pas été placé auprès des services de l'Aide Sociale à l'Enfance, ni avant 16 ans, ni entre 16 et 18 ans, ne saurait prétendre à l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des articles L423-22 et L435-3 du CESEDA ". Dans ces conditions, le requérant peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 pour demander l'annulation de la décision attaquée.

7. Avant de refuser à M. A un titre de séjour le 15 février 2023 sur le fondement de l'article L. 435-3, le préfet de la Drôme n'avait pas l'obligation de demander l'avis de la structure d'accueil qui l'avait pris en charge depuis le 2 juin 2021 en raison, d'une part, de la mainlevée du placement prononcée le 19 novembre 2021 et, d'autre part, du motif opposé par le préfet énoncé au point précédent qui s'avère étranger à ses conditions d'insertion dans la société française sur lesquelles porte cet avis.

8. Pour infirmer le jugement du 4 décembre 2018 ordonnant le placement provisoire de M. A et prononcer la mainlevée de cette mesure, la cour d'appel de Grenoble retient que les actes d'état civil sur lesquels le juge de première instance s'était fondé pour affirmer sa minorité n'ont pas été légalisés comme annoncé par son conseil alors que les services de la direction zonale de la police aux frontières avaient déjà émis le 27 septembre 2021 un avis défavorable sur leur authenticité et que, en raisonnant à partir d'un faisceau d'indices, la minorité de l'intéressé, qui s'est présenté sous différentes identités, " n'est nullement établie ". Si M. A a été effectivement confié à l'aide sociale à l'enfance pendant une durée de six mois, le requérant n'apporte aucun élément probant de nature à établir qu'il était effectivement âgé entre seize et dix-huit ans au moment où il a bénéficié de cette mesure d'assistance. Dès lors, il ne remplit pas les conditions posées par les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et au regard, en outre, de l'appréciation globale que doit porter l'administration sur la situation de l'intéressé, le préfet de la Drôme n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de cet article.

9. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

10. M. A, célibataire et sans charge de famille, ne réside en France que depuis l'année 2021 alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Guinée. Sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance a été brève et s'est avérée injustifiée au regard de l'arrêt de la Cour d'appel de Grenoble.

11. Il ressort des pièces du dossier qu'il a suivi une première année de CAP " métallerie-serrurerie " au titre de l'année scolaire 2022-2023 avant d'être admis en deuxième année au titre de l'année scolaire suivante. Ses efforts scolaires notamment pour maitriser la langue française et son attitude volontaire ressortent des pièces du dossier et notamment des témoignages des enseignants et de la note sociale établie par " Hébergement urgence 26 ". Ces éléments ne suffisent toutefois pas à le regarder comme disposant en France d'un niveau d'insertion sociale et professionnelle tel que le refus du préfet d'autoriser son séjour entraine une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. Pour les mêmes raisons, ce refus de titre de séjour n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il comporte sur sa situation.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

13. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, M. A n'est fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ni en raison de l'illégalité de la décision lui ayant refusé un titre de séjour, ni pour méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni pour erreur manifeste d'appréciation.

14. M. A ne répond pas aux conditions requises par les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne prévoient pas, en outre, l'attribution de plein droit un titre de séjour à l'étranger qui en remplit les conditions. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir d'un droit au séjour pour soutenir que le préfet de la Drôme ne pouvait pas légalement prononcer une mesure d'éloignement à son égard.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401755

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