jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401759 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
L'arrêté est dans son ensemble insuffisamment motivé.
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) permettant d'établir qu'il contient toutes les mentions requises et de s'assurer de la qualité des signataires ;
- est illégale du fait que le préfet a méconnu sa compétence s'estimant à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé et de sa difficulté à avoir accès à son traitement dans son pays d'origine ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- doit être annulée au regard du risque pour sa santé en cas de retour dans son pays d'origine.
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- est dépourvue de base légale, les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui étant pas applicable ;
- est disproportionnée, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit à une vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 3 mai 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- et les observations de Me Huard, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la république démocratique du Congo né le 19 décembre 1965 est entré en France le 5 septembre 2018 selon ses déclarations. Il a sollicité le statut de réfugié qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 mai 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 février 2021. Il a sollicité le 13 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de son état de santé. Par arrêté du 5 mars 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu eu égard aux dispositions précitées d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. L'arrêté en litige énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, le préfet produit, sans réplique, l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 11 septembre 2023, ainsi que son bordereau de transmission. Le moyen tiré de ce que l'absence de l'avis ne permettrait pas d'en contrôler la régularité doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet de l'Isère se soit approprié l'avis du collège de l'OFII ne signifie pas qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée. Le moyen doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces produites par M. A, notamment de l'attestation du psychiatre du 22 mars 2023, qu'il souffre de troubles psychiatriques chroniques qui nécessitent un suivi psychiatrique et un traitement psychotrope quotidien dont l'arrêt est de nature à mettre en jeu le pronostic vital de l'intéressé. L'avis du collège de l'OFII confirme la gravité de l'état de santé de M. A et la nécessité d'une prise en charge médicale mais estime que l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Les certificats médicaux produits, émanant de professionnels de la santé français, ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour l'intéressé de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort en outre des pièces produites en défense par le préfet et notamment de la fiche Medcoi que l'ensemble du traitement suivis par M. A est disponible dans son pays d'origine, notamment le Prégabaline, et que le Théralène qui peut y être remplacé par le Promethazine. Enfin, si le requérant fait valoir que les malades souffrant de pathologies psychiatriques font l'objet d'une stigmatisation en Afrique et que le coût des traitements en République Démocratique du Congo est élevé, ces éléments demeurent insuffisants pour retenir qu'il ne pourrait effectivement accéder aux traitements dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis plus de 5 ans, et qu'il a nécessairement tissé des attaches personnelles et amicales, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses affirmations. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a quatre enfants qui vivent en République Démocratique du Congo, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans et où résident également ses parents, son frère et sa sœur. En outre, et pour les motifs développés précédemment, le requérant ne peut soutenir que l'indisponibilité de son traitement dans son pays d'origine porterait une atteinte à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En cinquième lieu, pour les motifs développés au point 8, le traitement devant être regardé comme disponible en République Démocratique du Congo, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de sa demande d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 et 8, les moyens tirés de la violation par la mesure d'éloignement des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne le pays de destination :
11. Si M. A soutient que la décision fixant la République Démocratique du Congo doit être annulée en raison de l'indisponibilité de son traitement et plus particulièrement du Théralene et la Pregabaline, il résulte de ce qui précède que le traitement de l'intéressé est disponible dans son pays d'origine. Par suite le moyen manquant en fait doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Il résulte de la combinaison des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le préfet accorde un délai de départ, il peut prescrire une interdiction de retour, d'une durée maximale de deux ans, fixée en tenant compte de la durée de présence, de la nature et de l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
13. Contrairement à ce qui est soutenu, le préfet de l'Isère, qui a accordé un délai de départ à M. A, fonde dûment son interdiction de retour sur les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En retenant que M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, le préfet a légalement fait applications des critères d'appréciation de la durée de cette interdiction repris au point précédent. Par suite, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait illégalement fondée sur les dispositions de l'article L. 612-7 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution et les conclusions en injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
16. Partie perdante, M. A ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. A, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
F. DOULAT
La présidente,
A. TRIOLET
Le greffier,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026