jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401810 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2024, l'association pour la sauvegarde du plateau de la croix, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er décembre 2023, par laquelle le maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains a accordé un permis de construire modificatif à la société civile immobilière (SCI) Atlas, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge des parties perdantes une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée ; les travaux interrompus pendant la saison hivernale vont reprendre dès la fin de la saison le 1er avril ;
- le changement de destination de chalet en restaurant est impossible en zone N ;
- la commission départementale de la nature, des paysages et des sites n'a pas été consultée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme ;
- l'imperméabilisation totale d'une place de stationnement est contraire à la vocation de la zone N ;
- le permis de construire n'est ni cohérent avec la demande du pétitionnaire ni avec son instruction ;
- le permis de construire comporte une erreur de surface importante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, la commune de Saint-Gervais-les-Bains, représentée par Me Duraz, conclut au rejet de la requête de l'association et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'association requérante n'a pas intérêt à agir.
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- le plan local d'urbanisme autorise le changement de destination d'un chalet en restaurant ;
- la commune n'avait pas à saisir la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ;
- la place de stationnement pourra être réalisée le cas échéant en matériaux perméables ;
- l'erreur matérielle affectant la surface déclarée a été corrigée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la société civile immobilière (SCI) Atlas, représentée par Me Eard-Aminthas, conclut au rejet de la requête de l'association et demande que la somme de 8 000 euros soit mise à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le référé est irrecevable : le permis de construire modificatif et le permis de construire initial ne forment qu'une seule et même autorisation et l'association n'avait pas d'existence légale à la date du permis de construire initial ;
- l'association n'a pas d'intérêt pour agir : le permis de construire modificatif ne va pas porter atteinte à l'environnement et au patrimoine naturel et paysager du Plateau de la Croix dès lors que le bâtiment existe déjà ;
- la condition d'urgence fait défaut ;
- aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux.
Vu le permis de construire modificatif du 1er décembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 15 mars 2024 sous le numéro 2401808 par laquelle l'association pour la sauvegarde du plateau de la croix demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 tenue en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Mme B pour l'association pour la sauvegarde du plateau de la croix, Me Duraz pour la commune de Saint-Gervais-les-Bains et Me Eard-Aminthas pour la SCI Atlas.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains a accordé à la SCI Atlas le 6 juillet 2021 un permis de construire, non contesté, pour l'extension et la rénovation d'un chalet à usage d'habitation sur une parcelle située 60 route d'Hermance cadastrée n° 543, classée en zone N1, " zone naturelle pouvant accueillir des équipements collectifs et des constructions liées aux activités agricoles ainsi que des annexes à l'habitation uniquement à usage de garage " par le règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Le permis de construire modificatif du 1er décembre 2023 a été accordé en vue d'un changement de destination en restaurant et des modifications des aménagements intérieurs et la création d'une place de stationnement pour personne à mobilité réduite.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé.
3. Il résulte de l'article 2 des statuts de l'association requérante qu'elle a pour objet : " La défense de l'environnement et du patrimoine naturel et paysager du Plateau de la Croix (Saint-Nicolas-de-Véroce) " dans une limite précisée sur la carte annexée aux statuts. L'article 3 des statuts précise qu'elle peut exercer tous les recours et actions en justice utiles à la défense de l'objet précisé à l'article 2. Il n'est pas contesté que le projet en litige se situe dans la limite territoriale d'action de l'association.
4. L'arrêté contesté, en tant qu'il autorise le changement de destination du local d'une habitation en restaurant, est dissociable du permis de construire initial qui portait sur la restauration d'un chalet d'habitation. Ce changement de destination est de nature à avoir des conséquences sur l'environnement et le patrimoine naturel notamment par le surcroit de circulation routière et de fréquentation qu'il engendrera. Par suite, l'association pour la sauvegarde du plateau de la croix a intérêt pour agir contre le permis de construire modificatif en tant qu'il autorise le changement de destination. La circonstance que ses statuts n'avaient pas été déposés à la date du dépôt du permis de construire initial reste sans incidence dès lors que l'association avait déposé ses statuts bien avant la date du dépôt du permis de construire modificatif. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () "
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
6. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () Lorsqu'une personne autre que celles mentionnées à l'alinéa précédent défère une décision relative à un permis de construire ou d'aménager et assortit son recours d'une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d'un mois. "
7. Il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Gervais-les-Bains et la SCI Atlas n'ont pas défendu dans l'instance au fond enregistrée sous le n° 2401808 et qu'ainsi le délai fixé pour la cristallisation des moyens n'est pas expiré de sorte que la condition d'urgence est présumée remplie. De surcroit, il résulte également des débats en audience que les travaux ont déjà débuté. La circonstance que les travaux commencés sont les travaux autorisés par le permis de construire initial reste sans influence dès lors que ces travaux sont matériellement indistincts des travaux liés au changement de destination. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à un doute sérieux :
8. D'une part, aux termes de l'article 151-11 du code de l'urbanisme : " I.-Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : () 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. "
9. D'autre part, aux termes de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Les occupations et utilisations du sol interdites :
- La création de campings, caravanings et le stationnement isolé des caravanes, l'implantation d'habitations légères de loisirs et de parcs résidentiels de loisirs,
- Les dépôts de véhicules visés à l'article R.121-19 du Code de l'Urbanisme et les dépôts de matériaux de toute nature à l'air libre même à titre provisoire,
- Le changement d'affectation des restaurants et hôtels d'altitude,
- Les exhaussements de sol sans lien avec des constructions ou liés à la construction d'un bâtiment ou d'un équipement ou qui seraient susceptibles de porter atteinte à l'intérêt des lieux, au sol et au paysage naturel ou bâti sauf s'ils sont destinés à des installations nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif. "
10. Enfin, l'article N2 du même règlement prévoit : " Occupations et utilisations du sol admises sous conditions dans la zone N1 :
Sur l'ensemble de la zone :
- Les constructions liées et nécessaires à l'exercice des activités agricoles ou pastorales, y compris les bâtiments d'élevage ainsi que les logements s'ils sont strictement liés à l'exercice d'une activité agricole ou pastorale, sous réserve du respect des conditions de distance fixées par la réglementation en vigueur,
- L'extension modérée (20 % maximum de la surface de plancher existante à la date d'application du présent règlement) d'une construction destinée à l'habitation à condition que le bâtiment d'origine existe à la date d'approbation du présent PLU et que cette extension participe à rééquilibrer le volume bâti dans un objectif patrimonial.
- La restauration ou la reconstruction des anciens chalets d'alpage, en respectant les dispositions de l'article L 145-3 du code de l'urbanisme (c'est à dire par arrêté préfectoral après avis de la commission départementale des sites,
- Les affouillements et exhaussements du sol strictement nécessaires aux constructions autorisées dans la zone
- Les clôtures pendant la période d'été sous réserve qu'elles soient amovibles et ne présentent pas de risques pour la sécurité publique,
- L'ouverture et l'exploitation de carrières peuvent être autorisées en particulier, sous réserves "
11. En l'espèce, le moyen tiré de l'erreur de droit à avoir autorisé en zone N1 un changement de destination de chalet d'habitation en restaurant et le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 1er décembre 2023 en tant qu'il autorise un changement de destination d'habitation en restaurant. Par suite, l'association requérante est fondée à demander dans cette mesure la suspension de l'arrêté du 1er décembre 2023.
Sur les frais de justice :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution de l'arrêté du 1er décembre 2023 du maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains est suspendue en tant qu'il autorise le changement de destination.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de l'association pour la sauvegarde du plateau de la croix est rejeté.
Article 3 :Les conclusions des autres parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à l'association pour la sauvegarde du plateau de la croix, à la commune de Saint-Gervais-les-Bains et à la SCI Atlas.
Copie en sera adressée au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Bonneville.
Fait à Grenoble, le 4 avril 2024.
Le juge des référés,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026