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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401932

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401932

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'une défaut de base légale ; elle est disproportionnée, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, le préfet de l'Isère, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de base légale, l'interdiction de retour sur le territoire français pouvant être fondée sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sogno a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, déclare être entré en France le 10 mars 2017. Par une décision du 14 novembre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 mars 2021, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile enregistrée le 19 juin 2017. Par un arrêté du 16 juin 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 15 juillet 2021, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 27 avril 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 5 mars 2024, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à cette demande et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sous trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté du 5 mars 2024 vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation administrative, personnelle et familiale de M. A. Il est suffisamment motivé au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. De plus, les termes de l'arrêté contesté témoignent du fait que le préfet de l'Isère a examiné la situation de M. A, quand bien même le requérant aurait souhaité qu'y figurent d'autres éléments. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

Sur le refus de titre de séjour :

3. M. A déclare être entré sur le territoire français en 2017, à l'âge de 31 ans. Il s'y est maintenu de manière irrégulière malgré le rejet de sa demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 16 juin 2021. S'il déclare que son frère est présent sur le territoire français, il n'en justifie pas. Dans ces conditions, la seule production d'une attestation de bénévolat à l'association " Les restaurants du cœur " depuis décembre 2022 et d'une attestation selon laquelle il a suivi des cours de français du 15 janvier 2023 au 30 mai 2023 n'est pas de nature à établir que le centre de sa vie privée et familiale se trouve désormais en France. Il en résulte qu'en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet n'a pas porté au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte sa décision sur la situation personnelle de M. A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour, doit être écarté.

5. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision autorisant un éloignement forcé vers le Sénégal :

6. Si M. A soutient avoir fui son pays en raison de " craintes pour sa sécurité et pour sa vie " au Sénégal, il n'en justifie d'aucune manière. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de de l'interdiction de retour sur le territoire français, par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour [] ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français [] ".

9. Par un arrêté du 16 juin 2021, le préfet de l'Isère a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il est constant que M. A n'a pas respecté cette obligation et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, de sorte que l'autorité administrative devait, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français, se fonder sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'interdiction de retour sur le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

11. En l'espèce, dès lors que M. A n'a été privé d'aucune garantie, le préfet disposant d'un pouvoir d'appréciation équivalent pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer cette base légale à l'article L. 612-8 retenu à tort pas le préfet.

12. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est disproportionnée, ni qu'elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Portal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le président, rapporteur,

C. Sogno La première assesseure,

J. Holzem

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240193

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