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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402036

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402036

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. B A, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 mars 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Sur les moyens communs :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnait le principe du droit d'être entendu.

La décision portant refus de titre de séjour :

-méconnait les dispositions de l'article L. 424-3 4°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2024.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces enregistrées le 29 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wyss ;

- et les observations de M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 18 janvier 2019. Suite à l'échec de son admission en procédure " Dublin " le 11 février 2019, la France est redevenue responsable de l'examen de sa demande. Le 10 février 2020, il a déposé une demande d'asile. L'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides a pris une décision de rejet le 26 août 2020, laquelle a été confirmée par la Cour Nationale du Droit d'Asile le 2 mars 2021. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident le 9 mars 2023 au titre du 4° de l'article 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 12 mars 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à:/ () 4°Ses parents, si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père de la jeune C A qui a obtenu le statut de réfugié le 30 septembre 2022. Il ressort de ces mêmes pièces que M. A vit à une adresse commune à Grenoble avec l'enfant et sa mère qui a obtenu le statut de résident. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A, le préfet s'est fondé sur le motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public, car il a été condamné le 13 octobre 2021 par le tribunal judiciaire de Grenoble à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité, en présence de son enfant mineur, sur sa conjointe. Toutefois, bien que répréhensibles, ces faits ne sont pas renouvelés, comme Mme A l'a d'ailleurs confirmé à l'audience, et la vie commune n'avait pas cessé à la date de la décision attaquée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, ils ne présentaient pas un caractère de gravité suffisant pour établir que la présence de M. A en France constitue une menace à l'ordre public de nature à justifier le rejet de sa demande de carte de résident en qualité de parent d'un enfant réfugié.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de titre de séjour doit être annulé, ainsi que par voie de conséquences les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait, de délivrer une carte de résident à M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Schürmann, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schürmann de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Isère du 12 mars 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une carte de résident dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schürmann renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Schürmann, avocat de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le Président rapporteur

J.P. WYSS

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLILe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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