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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402056

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402056

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. B D , représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a désigné le pays dont il a nationalité comme pays de renvoi.

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

II) Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, Mme C E , représentée par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays dont il a nationalité comme pays de renvoi.

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de sa situation sans délai et de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour ;

4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

-méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Miran, avocat, représentant M. D et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme. E est entrée en France le 26 février 2018 et M. D est entré en France le 9 avril 2019. Ils ont présenté des demandes d'asile, qui ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) respectivement les 13 décembre 2018 et 18 juin 2021 pour Mme. E et les 20 avril 2021 et 7 janvier 2022 pour M. D . Par les arrêtés susvisés du 12 mars 2024 le préfet de l'Isère les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a désigné le pays dont il a nationalité comme pays de renvoi. M. D et Mme. E demandent au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ces arrêtés.

2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'une famille d'étrangers. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

4. Les arrêtés attaqués du 5 mars 2024, qui énoncent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivés. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation des intéressés.

5. M. D et Mme E ont eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'ils estimaient utiles lors du dépôt de leurs demandes d'asile et en cours d'instruction de ces demandes. En tout état de cause ils ne justifient pas d'éléments qu'ils auraient vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens des décisions contestées. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union Européenne d'être entendu doit être écarté.

6. L'entrée en France de M. D et Mme. E est récente. Les intéressés sont en situation de concubinage et ont quatre enfants mineures. Rien ne fait obstacle à ce que leur cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où ils conservent nécessairement des attaches personnelles et sociales. La circonstance que l'un des enfants décédé soit enterré au cimetière de la Tronche ne suffit pas justifier une régularisation du séjour des intéressés. La circonstance que leur fille aînée soit en foyer et qu'il a été considéré par l'administration qu'il était de son intérêt supérieur qu'elle ne le quitte pas ne suffit pas non plus à pas justifier une régularisation du séjour des intéressés. Les requérants ne démontrent aucune intégration ni insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour en France M. D et Mme. E ne sont pas fondés à invoquer une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni une méconnaissance l'article 3- 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que le préfet a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. D et Mme E doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : M. D et Mme E sont provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de leurs requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme E, à Me Miran et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le magistrat désigné,

S. A La greffière,

A. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402056 ; 2402057

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