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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402058

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402058

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. D C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui interdit le retour sur le territoire français durant une période d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de supprimer son signalement dans le fichier Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté attaqué :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet s'est senti en situation de compétence liée par l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pollet ;

- et les observations de Me Huard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant gambien, né le 4 octobre 1964, est entré en France le 11 septembre 2003. Le 23 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 5 mars 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français durant une période d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué été signé par Mme B A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 22 février 2024, régulièrement publié. Le moyen d'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé et répond aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :" () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () "

6. Le préfet de l'Isère a saisi la commission du titre de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'intéressé a été convoqué par un courrier recommandé du 24 avril 2023, retiré le 27 avril 2023. En outre, la commission a rendu un avis, d'ailleurs défavorable, le 7 juin 2023. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, dans toutes ses branches, manque en fait et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle à raison de la mention de ce que son temps de présence sur le territoire français n'est lié essentiellement qu'à son maintien sur le territoire en situation irrégulière nonobstant quatre précédentes mesures d'éloignement. Il ressort toutefois des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il mentionne également que l'intéressé a été en situation régulière sur le territoire français entre le 29 décembre 2005 et le 2 juin 2011 puis entre le 4 avril 2017 et le 3 avril 2018. Par suite, cette mention ne révèle pas un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant avant l'édiction de la décision attaquée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. C fait valoir qu'il est entré sur le territoire français le 11 septembre 2003, qu'il y a exercé une activité professionnelle et qu'il y a établi le centre de ses intérêts personnels. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son épouse et ses trois enfants résident dans son pays d'origine et qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de trente-neuf ans. Par ailleurs, aucune pièce ne permet d'établir l'exercice d'une activité professionnelle depuis 2019. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté attaqué doivent être écartés.

10. En sixième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se serait senti en situation de compétence liée par l'avis rendu par la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

11. En septième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

12. En huitième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'était pas illégale, M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

13. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsqu'un étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai et qu'il ne s'est pas maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de ce délai de départ volontaire, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur ce territoire pour une durée, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. En vertu de l'article L.612-10 pour fixer la durée cette interdiction de retour l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

14. M. C soutient qu'il a des attaches fortes sur le territoire français où il réside depuis vingt ans et qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, hormis sa durée de présence, il ne produit aucune pièce établissant ses attaches sur le territoire français alors qu'il a de fortes attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, il a fait l'objet en dernier lieu d'une mesure d'éloignement le 13 janvier 2020 dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 31 août 2020 et qu'il n'a pas respecté. Par suite, les moyens tirés du caractère disproportionné de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an et de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

MA POLLET

Le président,

JP WYSS

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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