mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402064 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 1 |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, M. D B, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier , demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission Schengen découlant de l'annulation de l'interdiction de retour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
La décision attaquée :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnait le droit d'être entendu de l'article 41 de la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale en l'absence d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation par le préfet ;
- ne pouvait être fondée sur l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est illégale en l'absence d'un avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-est entachée d'une erreur de droit et de fait commises par le préfet de la Drôme dès lors qu'il ne présente pas de menace pour l'ordre public ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision le privant de tout délai de départ volontaire :
- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est illégale en l'absence d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation par le préfet ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des article L. 612-1, L. 612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence de circonstances particulières.
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une année :
- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est illégale en l'absence d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation par le préfet ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des article L. 612-1, L. 612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistrés le 24 avril 2024 à 11 h 24, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité algérienne, est entré en France selon ses dires en 2017. Il a fait l'objet le 1er mars 2018 d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Rhône et d'une assignation à résidence qu'il n'a pas respectées. Une deuxième obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre par le préfet du Rhône le 17 septembre 2020. Le 1er avril 2021, toujours présent sur le territoire français, il a déposé une demande de protection contre l'éloignement en tant qu'étranger malade. Il été placé en retenue le 25 mars 2024 pour vérification de sa situation administrative. Par arrêté du même jour, le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour de douze mois.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
2. Par un arrêté du 14 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Drôme a donné à M. C E, directeur des collectivités, de la légalité et des étrangers, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
3. La décision comporte la mention des circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée. Il ne ressort ni de cet arrêté ni d'aucune autre pièces du dossier que le préfet de la Drôme, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, n'aurait procédé à un examen particulier de cette situation avant de prendre l'arrêté du 25 mars 2024.
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal du 25 mars 2024, que M. B a été informé de l'éventualité d'un éloignement et invité à présenter les éléments sur sa situation personnelle à destination de l'autorité préfectorale. Par suite, le moyen tiré de ce que son droit à être entendu a été méconnu doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y maintient sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. M. B n'établit pas, contrairement à ce qu'il soutient, être entré régulièrement en France. S'il fait valoir qu'il a tenté en vain d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour auprès du préfet de l'Isère alors qu'il résidait au Péage de Roussillon, il est constant que ses démarches n'ont pas abouties. Par ailleurs, il ne justifie pas avoir entrepris des démarches auprès du préfet de la Drôme après son déménagement à Saint Barthélemy de Vals. Par suite et en tout état de cause, il se trouvait dans la situation mentionnée au 1° précité de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers permettant au préfet de la Drôme de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
7. M. B fait valoir qu'un certificat de résidence peut lui être délivré de plein droit sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui stipule : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une épilepsie qui a conduit à la pose en 2023 d'un stimulateur du nerf vague qui doit être régulièrement contrôlé. M. B ne soutient ni même n'allègue que ce contrôle ne pourrait être effectué en Algérie. Par suite, le préfet de la Drôme n'avait pas à saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. Si M. B indique être entré sur le territoire national en 2017, il ne justifie d'aucune attache particulière en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident son père, sa mère, ses quatre frères et une sœur et il ne démontre aucune intégration ni insertion professionnelle même s'il indique travailler dans un garage comme mécanicien. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France M. B n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
10. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. B ne peut invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet. ".
12. La décision refusant un délai de départ volontaire mentionne l'article L. 612-6 du code et le fait que M. B ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ lui soit octroyé. Elle est par suite suffisamment motivée.
13. M. B, qui se trouve dans la situation mentionnée au 2° précité de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est déjà soustrait à deux obligations de quitter le territoire français, ne justifie d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit octroyé.
En ce qui concerne la décision fixant l'Algérie comme pays de destination :
14. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. B ne peut invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
15. Comme il a été dit au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le suivi médical dont M. B a besoin ne serait pas disponible en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour d'un an :
16. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. B ne peut invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision édictant à son encontre une interdiction de retour.
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
19. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté par les motifs retenus au point 9 ci-dessus. D'autre part, la situation de l'intéressé ne caractérise aucune circonstance humanitaire justifiant que le préfet de la Drôme ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre. Ainsi, en prenant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Drôme n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la Selarl BS2A Bescou et Sabatier et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le président,
J.P. A Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026