lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SAMBA-SAMBELIGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024, M. D C E, représenté par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;
- le refus de titre de séjour méconnaît le droit d'être entendu ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- le refus de délai de départ volontaire est illégal eu égard à sa situation personnelle et dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison des risques encourus ;
- l'interdiction de retour d'une durée de trois ans est disproportionnée.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol,
- et les observations de Me Samba Sambeligue, représentant M. C E.
1. M. C E, ressortissant congolais né le 12 avril 1994, est, selon ses déclarations, entré en France le 14 juillet 2010, alors qu'il était mineur et a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance. Il a fait l'objet d'un arrêté du 9 février 2016 du préfet de l'Isère lui refusant un titre de séjour en qualité de salarié et lui faisant obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par un arrêt du 19 décembre 2016 de la cour administrative d'appel de Lyon. Le 13 octobre 2016, M. C E a fait une demande de titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été rejetée par un arrêté du 15 septembre 2017 dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par la cour administrative d'appel de Lyon le 1er octobre 2018. Le 20 juillet 2022, M. C E a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Isère lui a refusé le titre de séjour sollicité et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.
2. En premier lieu, par un arrêté du 22 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné délégation à Mme B A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté, qui mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant et les considérations de droit sur lesquels il se fonde, est suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et le préfet a bien procédé à un examen particulier de sa situation.
4. En troisième lieu, le requérant a eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'il estimait utiles lors du dépôt de sa demande de titre de séjour et en cours d'instruction de sa demande. En tout état de cause, il ne justifie pas d'éléments qu'il aurait vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens de la décision contestée. Par conséquent, le moyen tenant en la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
5. En quatrième lieu, M. C E, fait valoir qu'il est entré sur le territoire en 2010 en tant que mineur, qu'il est auxiliaire de vie et se prévaut d'un PACS avec une ressortissante française du 21 juin 2023 ainsi que de la présence de sa fille née le 20 juin 2016 d'une précédente relation avec une compatriote. Toutefois, M. C E s'est maintenu irrégulièrement en France en toute connaissance de cause malgré les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. S'il produit un PACS conclu le 12 mars 2022 et des quittances de loyer pour un logement à Grenoble et à Nanterre à leurs deux noms, cette relation est récente à la date de l'arrêté attaqué. Au demeurant, l'intéressé ne justifie pas d'une communauté vie avec cette personne à la date de la décision attaquée. Les intéressés ne pouvaient pas ignorer, dès le début de leur relation, que leurs perspectives communes d'installation en France étaient incertaines, en l'absence de droit au séjour détenu par le requérant. Il n'apporte aucun élément sur la relation qu'il entretient avec sa fille née d'une relation avec une compatriote. Enfin, il a été condamné le 10 février 2023 pour utilisation de document d'identité d'un tiers pour obtenir indument un titre, une qualité, un statut ou un avantage. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a précédemment fait l'objet de deux mesures d'éloignement le 9 février 2016 et le 15 septembre 2017 et qu'il s'est soustrait à l'exécution de ces mesures. Par suite, et alors même qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Isère a pu légalement estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français qui lui était faite et lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En sixième lieu, M. C E n'apporte aucun élément sur les risques encourus dans son pays d'origine et n'établit pas être exposé à des peines ou traitements personnels réels et actuels en cas de retour dans son pays d'origine. La circonstance qu'il a quitté son pays mineur ne saurait établir un risque. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
9. Aucun délai de départ n'ayant été accordé au requérant, il est dans la situation, prévue par les dispositions précitées, où l'administration assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français en l'absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle et ne procède à un examen de la situation d'ensemble de l'étranger que pour fixer la durée de ladite interdiction. En l'espèce, si M. C E se prévaut de son PACS avec une ressortissante française et de son métier d'auxiliaire de vie, il ne s'agit pas de circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Au regard du caractère récent de sa relation avec sa nouvelle compagne française, ainsi que de l'absence de liens particuliers avec sa fille de même nationalité, M. C E ne justifie d'aucune attache familiale forte, stable et durable sur le territoire français. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, et alors même que l'intéressé ne représenterait pas une menace pour l'ordre public et alors qu'il s'est soustrait auparavant à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement, la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre n'est pas disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
11. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er :M. C E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C E, à Me Samba Sambeligue et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Barriol, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026