mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, Mme A, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 20 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans un délai de 8 jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- il n'est pas démontré que les informations prévues à l'article 4.3 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 lui ont été remis dans une langue qu'elle comprend ;
- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation, d'erreur de droit et de défaut d'examen sérieux ;
- l'arrêté méconnait l'article 17 du règlement UE n° 604/13 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté porte une atteinte au droit constitutionnel d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête de Mme A ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement UE n° 603/2013 et le règlement n° 604/2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sauveplane, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 15 avril 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Mathis, représentant Mme A.
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 3 mars 1995, est entrée irrégulièrement en France le 26 juin 2023 selon ses déclarations pour déposer une demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac a montré que Mme A avait été identifiée en Allemagne où elle avait demandé l'asile le 28 août 2022. Les autorités allemandes, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 25 du règlement 604/2013, ont accepté la réadmission de Mme A le 27 octobre 2023. Par la décision attaquée du 20 mars 2024, la préfète du Rhône a décidé la remise de Mme A aux autorités allemandes.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions d'annulation :
4. Aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; " Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. "
5. Il est constant que la consultation du fichier européen Eurodac a fait apparaitre que Mme A avait demandé l'asile en Allemagne le 28 août 2022. Les autorités allemandes ont explicitement accepté la prise en charge de Mme A le 27 octobre 2023. Ainsi, cette dernière se trouvait dans une situation où la préfète du Rhône pouvait décider sa remise aux autorités allemandes.
En ce qui concerne la légalité externe :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les documents prévus à l'article 4 du règlement n° 604/2013 ont été remis le 17 octobre 2023 à Mme A dans une langue qu'elle a déclaré comprendre. Par suite, le moyen n'est pas fondé.
7. En second lieu, l'arrêté mentionne que la consultation du système Eurodac a montré que Mme A a demandé l'asile notamment auprès de l'Allemagne le 28 août 2022 et que l'Allemagne a accepté sa prise en charge sur le fondement de l'article 25 du règlement 604/2013. Par suite, la décision mentionne les motifs de fait et de droit qui la fondent. Le moyen doit donc être écarté.
8. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. Enfin, il ne résulte pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas fait un examen particulier de la demande de Mme A.
En ce qui concerne la légalité interne :
10. Aux termes de l'article 17 du règlement 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. " A ceux de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
11. En premier lieu, Mme A fait valoir qu'elle a entamé une relation avec un ressortissant guinéen en situation régulière en France et qu'un enfant est né de cette union le 27 décembre 2023 et que le père de l'enfant s'investit dans son éduction. Toutefois, Mme A se borne à de simples allégations, la simple attestation du père de l'enfant n'étant pas de nature à établir la filiation revendiquée. Par suite, le moyen doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur de droit qui n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. En second lieu, l'arrêté attaqué, pris en application du règlement UE n° 604/2014 ne porte, ni par son objet ni par ses effet aucune atteinte au droit constitutionnel d'asile.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2024. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er:Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 :Les conclusions de Me Mathis tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Mathis et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le magistrat désigné,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026