vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. D, représenté par Me Gerin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision orale du 2 avril 2024 du préfet de l'Isère refusant d'enregistrer la demande de dossier ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère à titre principal de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement des articles L. 233-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code ou, à titre plus subsidiaire, de réexaminer sa demande ;
3°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 160 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas fait un examen sérieux de la situation du requérant ;
- sa demande n'était pas abusive ou dilatoire ; le simple fait qu'il soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français ne suffit pas à le caractériser ; le refus d'enregistrer est entaché d'erreur de droit ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- son épouse remplit les conditions des articles L. 233-1 et -2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un droit au séjour supérieur à 3 mois ; il rentre donc dans la catégorie " membre de la famille d'un ressortissant européen " ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 juin 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- et les observations de Me Gerin, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant brésilien né le 10 décembre 1975, est entré en France en février 2018 sous couvert d'un visa long séjour. Il a séjourné régulièrement en France du 1er septembre 2018 au 31 octobre 2019 sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il a sollicité le 18 septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant européen, son épouse ayant acquis la nationalité allemande en 2021. Par un arrêté du 13 avril 2023, le préfet de l'Isère a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Il s'est présenté le 2 avril 2024 dans les locaux de la préfecture de l'Isère et soutient que les services de la préfecture ont refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'il faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français courant jusqu'au 13 avril 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. " A ceux de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. "
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D a déposé une demande de titre de séjour à titre subsidiaire au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23, à titre subsidiaire, en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 et à titre infiniment subsidiaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il ressort de l'annexe 9 mentionnée à l'article R. 431-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande de titre de séjour déposée par M. D sur les fondements mentionnés au paragraphe 3 ne figure pas parmi les titres de séjour devant être déposés par le moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sa demande de titre de séjour devait être déposée au guichet de la préfecture.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents " A ceux de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " Enfin l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. "
7. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable, sauf à ce que sa demande soit estimée abusive ou dilatoire par l'autorité administrative.
8. Le requérant soutient, sans être contredit par le préfet de l'Isère qui n'a pas défendu, que les services de la préfecture ont refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'il faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français courant jusqu'au 13 avril 2024.
9. Or, il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'en opposant à M. D le motif qu'il faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français courant jusqu'au 13 avril 2024 pour refuser l'enregistrement de sa demande, qui n'avait aucun caractère abusif ou dilatoire, le préfet de l'Isère a commis une erreur de droit.
10. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de décision du préfet de l'Isère du 2 avril 2024 refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
12. Le motif d'annulation retenu au point 9 implique nécessairement que le préfet de l'Isère enregistre la demande de titre de séjour de M. D et statue sur la demande de titre de séjour et lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour. En revanche, il n'implique pas nécessairement que le préfet délivre un titre de séjour à M. D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer la demande de M. D dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Sous réserve que M. D soit définitivement admis à l'aide juridictionnelle et que Me Gerin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros est mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Si M. D n'est pas définitivement admis à l'aide juridictionnelle ou s'il renonce à déposer une demande d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros est mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La décision du préfet de l'Isère refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. D est annulée.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. D dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision et lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 3 :Sous réserve que M. D soit définitivement admis à l'aide juridictionnelle et que Me Gerin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros est mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Si M. D n'est pas définitivement admis à l'aide juridictionnelle ou s'il renonce à déposer une demande d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros est mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Gerin et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme B E, première-conseillère,
- Mme C A, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. E
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026