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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402397

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402397

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gerin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision orale du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée le maintient en situation irrégulière, qu'il peut faire l'objet à tout moment d'une arrestation et d'un éloignement, ce qui priverait sa femme et ses enfants de sa présence ; qu'il vit dans une angoisse permanente et ne peut mener une vie familiale normale alors que son épouse et ses trois enfants résident régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a plus d'attaches au Brésil ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :

*elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

*elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

*elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ne pouvant refuser d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'une obligation de quitter le territoire français avait été prise à son encontre ;

*elle porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2402395 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 23 avril 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;

- les observations de Me Gerin pour M. B qui a produit à l'audience une copie d'un courrier du 29 mars 2024 à destination du préfet de l'Isère et précise que ce courrier n'a pu être remis le 2 avril 2024, jour de son rendez-vous à la préfecture.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9h39.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. M. B, entré en France sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 24 septembre 2018, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant-élève " du 1er septembre 2018 au 31 octobre 2019. Cependant, par arrêté du 13 avril 2023 dont la légalité n'a pas été contestée par le requérant, le préfet de l'Isère a refusé la délivrance d'un titre de séjour " membre de famille-UE " sollicité par M. B le 19 septembre 2022 et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 60 jours. Il suit de là que la décision dont il est demandé la suspension n'opère aucun changement de la situation du requérant qui est en situation irrégulière en France depuis au moins un an. Aucun élément véritablement nouveau qui serait de nature à caractériser la survenance d'une situation d'urgence n'est invoqué par le requérant depuis ce refus de séjour et cette obligation de quitter le territoire. Enfin, le requérant ne démontre pas que l'administration ait pris à son encontre des mesures en vue de procéder d'office et à bref délai à son éloignement du territoire. Dans ces circonstances, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

O R D O N N E

Article 1er :M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Gerin et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 13 mai 2024.

La juge des référés,

A. Bedelet

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402397

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