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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402453

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402453

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de membre de la famille de citoyen de l'union européenne et de la décision implicite refusant de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident permanent en qualité de citoyen européen et à défaut une carte de séjour de 5 ans de " membre de la famille d'un citoyen de l'Union/ EEE/ Suisse-Toutes activités professionnelles ", et encore à défaut de réexaminer sa situation administrative et de lui notifier une nouvelle decision sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle fait valoir que :

- L'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour d'un membre de famille de citoyen de l'union européenne ; elle réside en France depuis 2019 accompagnée de son époux et de leurs enfants, scolarisés sur le territoire ; elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour et exerce une activité professionnelle ; ses employeurs ont décidé de suspendre ses contrats de travail et d'engager son licenciement en l'absence de titre de séjour ou d'attestation de prolongation d'instruction ;

- Sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de renouvellement du titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance :

* des articles L. 233-1 à L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 204/38CE ;

* de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de délivrance d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance :

*de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*de l'article R. 431-15-1 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, de lui accorder un délai minimal de deux mois pour la fabrication du titre de séjour en cas d'injonction de délivrance d'un titre de séjour.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas caractérisée dès lors qu'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 juillet 2024 a été délivrée à Mme A ; que le passeport italien de son époux permet à celui-ci de résider sur le territoire français en toute régularité et que le contrat de travail de celui-ci n'a pas été suspendu. La demande de M. et Mme A étant toujours en cours d'instruction, aucun refus de leur demande ne peut être imputable aux services de la préfecture. Aucun doute sérieux quant à la légalité de sa décision ne pourra être invoqué.

Vu :

- les requêtes en annulation enregistrées sous les n°2402452;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Le rapport de Mme Bedelet, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 23 avril 2024, en présence de M. Ribeaud, greffier, aucune des parties n'ayant été présente ni représentée.

Par lettre du 6 mai 2024, les parties ont été avisées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible de se fonder sur le moyen d'ordre public tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision implicite refusant de délivrer à Mme A une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour et sur les conclusions à fin d'injonction à cette fin, le préfet de l'Isère ayant délivré à Mme A une attestation de prolongation d'instruction valable du 22 avril 2024 au 21 juillet 2024.

Les parties ont été informées, par ordonnance du 6 mai 2024, que la clôture d'instruction a été différée au 7 mai 2024 à 14 h 00.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution de la décision implicite refusant la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ou d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour :

2. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de l'Isère a délivré à Mme A une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, valable du 22 avril 2024 au 21 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en suspension de la décision implicite refusant de délivrer à Mme A cette attestation ni sur ses conclusions en injonction à cette fin.

Sur la demande de suspension d'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement d'un titre de séjour de membre de famille de citoyen de l'Union européenne à Mme A :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26 ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme A a déposé le 12 septembre 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Contrairement à ce que soutient le préfet, il résulte des dispositions précitées que de son silence gardé sur la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A est née une décision implicite de rejet de celle-ci et ce quand bien même il lui a délivré en cours d'instance une attestation de prolongation d'instruction de cette demande.

5. En deuxième lieu, l'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

6. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant un titre de séjour ou de procéder à l'enregistrement d'une demande en ce sens d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus ainsi opposé sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. La requérante demande la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire dont elle était titulaire jusqu'au 30 septembre 2023, à défaut de réponse de l'autorité administrative à cette demande. Par ailleurs, alors qu'elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour le 12 septembre 2023, une attestation d'attestation de prolongation d'instruction ne lui a été délivrée que le 22 avril 2024 et il résulte de l'instruction que, n'ayant pas pu justifier avant cette date de la régularité de son séjour en France, elle a été licenciée par ses deux employeurs en février et mars 2024. Il n'est ni soutenu ni allégué par le préfet de l'Isère que la requérante serait à l'origine de cette situation. Par suite, eu égard tant à la présomption qui s'applique à un refus de renouvellement d'un titre de séjour qu'aux justifications fournies par la requérante, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie, quand bien même une attestation de prolongation d'instruction de sa demande ait été mise à disposition de la requérante.

8. En troisième lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite refusant à Mme A le renouvellement d'un titre de séjour en qualité de membre de famille de citoyen de l'Union européenne. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

9. En quatrième lieu, le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 du code de justice administrative que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

10. Eu égard à l'office du juge des référés défini par les dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme A et de prendre une décision explicite sur la demande de renouvellement de titre de séjour de celle-ci dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à Me Borges de Deus Correia sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à Mme A.

O R D O N N E

Article 1er :Mme B épouse A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A en suspension du refus et en injonction à délivrer une attestation de prolongation d'instruction.

Article 3 :L'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A est suspendue.

Article 4 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme A et de prendre une décision explicite sur la demande de renouvellement de titre de séjour de celle-ci dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 5 :L'Etat versera la somme de 600 euros à Me Borges de Deus Correia sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à Mme A.

Article 6 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A, à Me Borges de Deus Correia et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 7 mai 2024.

La juge des référés,

A. Bedelet

Le greffier,

S. Ribeaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402453

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