jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il appartient à la préfecture de produire l'accord des autorités espagnoles ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement CE n° 604/2013;
- la notification de la décision de réadmission est insuffisante ;
- l'exigence d'un entretien mené par une personne spécialement habilitée au niveau national ne peut être regardé comme rempli à défaut de la mention de l'identité de l'agent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement UE n° 604/2013 et le règlement n° 603/2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sauveplane, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard représentant M. B.
1. M. B, ressortissant originaire de Guinée et né à Conakry le 1er janvier 2003, est entré irrégulièrement en France le 3 octobre 2023 pour déposer une demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac a montré que M. B avait auparavant été identifié en Espagne le 9 juillet 2023 à la suite du franchissement irrégulier de la frontière par ce dernier. Les autorités espagnoles, saisies d'une demande de prise en charge, ont accepté la réadmission de M. B le 19 janvier 2024. Par la décision attaquée du 28 mars 2024, la préfète du Rhône a décidé la remise de M. B aux autorités espagnoles.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
4. Aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. " Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. "
5. Il est constant que la consultation du fichier européen Eurodac a fait apparaitre que M. B avait franchi irrégulièrement la frontière espagnole le 9 juillet 2023. Les autorités espagnoles ont explicitement accepté la prise en charge de M. B le 19 janvier 2024. Ainsi, ce dernier se trouvait dans une situation où la préfète du Rhône pouvait décider sa remise aux autorités espagnoles.
En ce qui concerne la légalité externe :
6. En premier lieu, l'arrêté mentionne que la consultation du système Eurodac a montré que M. B avait été identifié en Espagne le 9 juillet 2023 sous le n° ES 2 1846438462 à la suite du franchissement irrégulier de la frontière par ce dernier, que les autorités espagnoles avaient accepté sa prise en charge sur le fondement de l'article 22 du règlement 604/2013. Par suite, la décision mentionne les motifs de fait et de droit qui la fondent. Le moyen doit donc être écarté.
7. En second lieu, la préfète du Rhône a saisi le 7 décembre 2023 les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge, lesquelles ont donné leur accord le 19 janvier 2024. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié le 25 octobre 2023 d'un entretien individuel au cours duquel il a pu faire valoir toute observation utile, en langue française qu'il comprend. Le compte-rendu de l'entretien indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de l'Isère. En l'absence de tout élément de preuve contraire, cette mention suffit à regarder cet agent comme ayant eu la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, il n'a été privé d'aucune des garanties prévues par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont explicitement accepté la prise en charge de M. B le 19 janvier 2024 en application de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen d'erreur de droit n'est pas fondé.
10. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. " A ceux de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
11. D'une part, il résulte du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile n'est pas libre de choisir le pays responsable du traitement de sa demande d'asile dès lors que ce règlement prévoit des critères objectifs de détermination de l'Etat-membre responsable. Si l'article 17 du règlement permet à un Etat-membre de déroger à ces critères et de décider unilatéralement d'examiner une demande d'asile qui ne lui incombe pas, cette faculté ne crée aucun droit pour le demandeur d'asile. En l'espèce, M. B fait valoir qu'il est homosexuel et qu'il bénéficie en France d'un accompagnement associatif et d'un hébergement alors qu'il sera sans hébergement et sans accompagnement en cas de retour en Espagne. Toutefois, s'agissant de l'absence d'hébergement et d'accompagnement en Espagne, il se borne à de simples allégations et la seule circonstance qu'il est pris en charge en France par une structure spécifiquement dédiée à la prise en charge des personnes homosexuelles ne suffit pas à faire regarder la décision de la préfète du Rhône comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. D'autre part, les liens amicaux qu'il a pu tisser en France ne sont pas d'une intensité telle que son transfert en Espagne pour l'examen de sa demande d'aile porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les conditions de notifications de l'arrêté :
8. Les éventuelles irrégularités affectant la notification d'une décision étant sans incidence sur la légalité de cette décision, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est inopérant à l'encontre de l'arrêté contesté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2024. Il y lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er:M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 :Les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Huard et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
M. Sauveplane La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026