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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402483

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402483

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402483
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET GUITTON-DADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, la société Resotainer, représentée par Me Hansen, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 7 mars 2024 du président de la communauté d'agglomération Valence Romans agglo (CAVRA) portant exercice du droit de préemption sur les parcelles cadastrées AD 9, 49, 73 et 104 à Bourg-lès-Valence ;

2°) de condamner la communauté d'agglomération Valence Romans agglo au versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le président de la CAVRA était incompétent : 1) faute de justification de la délibération du conseil municipal de Bourg-lès-Valence délégant le droit de préemption et de celle du conseil communautaire acceptant cette délégation, 2) du fait que le bien n'est pas situé dans le périmètre pour lequel la CAVRA avait reçu délégation du droit de préemption urbain, 3) en l'absence de délégation du conseil communautaire à son profit ;

- il n'est pas justifié d'une délégation du président de la CAVRA au profit du signataire de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne mentionne pas le projet ou l'opération justifiant la préemption ;

- il n'existe pas de projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle n'est justifiée par aucun intérêt général ;

- elle est illégale en ce qu'elle porte préemption dans une zone où ce droit ne peut s'exercer.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2024, la SCCV BLV - rue L. de Broglie, représentée par Me Guitton, intervient au soutien de la requête et demande le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 24 avril 2024, la communauté d'agglomération Valence Romans agglo, représenté par Me Matras et Me Cunin, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ; à titre subsidiaire, à ce que la suspension d'exécution soit limitée à la parcelle AD 9 et au nord de la parcelle AD 49 ; dans tous les cas, que la suspension soit limitée en empêchant seulement la collectivité de prendre possession du bien, mais en écartant la possibilité pour l'acquéreur évincé de mener la vente à son terme ;

2°) à la condamnation de société Resotainer à lui verser une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est sérieux ;

- eu égard à l'intérêt général qui s'attache à la préemption, la suspension doit être limitée de façon à ce qu'il ne soit pas possible pour la société Resotainer de mener l'acquisition à son terme.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2402271 ;

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 25 avril 2024 à 11 heures au cours de laquelle ont été entendus Me Marx pour la société Resotainer, Me Mathevon pour la SCCV BLV - rue L. de Broglie et Me Cunin pour la communauté d'agglomération Valence Romans agglo.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'intervention de la SCCV BLV - rue L. de Broglie :

1. Pour être recevable à intervenir à l'appui d'une demande de suspension de l'exécution d'une décision administrative sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, une personne doit non seulement justifier qu'elle a intérêt à la suspension de cette décision, mais aussi établir soit qu'elle en a demandé par ailleurs l'annulation, soit qu'elle s'est associée aux conclusions du demandeur à cette fin.

2. En l'espèce, la SCCV BLV - rue L. de Broglie n'a pas introduit de requête en annulation de la décision de préemption du 7 mars 2024, ni ne s'est associée aux conclusions de la société Resotainer dans le recours en annulation n° 2402271 que cette dernière a présenté. Dès lors, son intervention ne doit pas être admise.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Quant aux moyens invoqués :

4. En l'état de l'instruction, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 7 mars 2024 les moyens suivants :

- absence de projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- absence d'intérêt général de la préemption ;

- détournement de pouvoir ;

- illégalité d'une préemption dans une zone classée agricole où le droit de préemption ne peut s'exercer.

Quant à l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence est présumée satisfaite. Pour sa défense, la communauté d'agglomération Valence Romans agglo met en avant des considérations générales sur la situation de l'emploi dans l'industrie et le peu d'emploi que crée un entrepôt de logistique et de stockage comme celui qui est prévu. Alors qu'il n'est pas contesté que la destination des locaux est conforme à la réglementation locale d'urbanisme en vigueur, cette argumentation tend au contraire à démontrer que la préemption ne se rattache à aucun objet précis et n'a d'autre but que de faire obstacle à un projet jugé peu opportun par la communauté d'agglomération. L'intérêt public ainsi invoqué ne saurait être retenu pour dénier le caractère d'urgence qui conditionne l'intervention du juge des référés.

Quant à la suspension et sa portée :

7. Une décision de préemption présente un caractère indivisible. Dès lors, il ne peut être fait droit à la demande subsidiaire de la communauté d'agglomération Valence Romans agglo tendant à ce que la suspension soit limitée géographiquement à la parcelle AD 9 et au nord de la parcelle AD 49, qui sont classés en zone agricole.

8. La suspension d'exécution d'une décision de préemption par le juge des référés a en principe pour conséquence, non seulement de faire obstacle à la prise de possession du bien préempté au bénéfice de la collectivité publique titulaire du droit de préemption, mais également de permettre aux signataires de la promesse de vente de mener la vente à son terme. Le juge peut toutefois faire usage du pouvoir que lui donnent les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour limiter la suspension à la première de ces deux catégories d'effets.

9. En l'espèce, il n'existe aucune raison particulière de limiter les effets d'une suspension en écartant la possibilité pour la société Resotainer de mener l'acquisition à son terme. La demande présentée en ce sens par la communauté d'agglomération Valence Romans agglo doit donc être rejetée et il y a ainsi lieu de suspendre pleinement l'exécution de la décision de préemption du 7 mars 2024.

Sur les frais de procès :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la communauté d'agglomération Valence Romans agglo doivent dès lors être rejetées.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la communauté d'agglomération Valence Romans agglo à verser à la société Resotainer une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er :L'intervention de la SCCV BLV - rue L. de Broglie n'est pas admise.

Article 2 :L'exécution de la décision du 7 mars 2024 est suspendue.

Article 3 :La communauté d'agglomération Valence Romans agglo versera à la société Resotainer une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la communauté d'agglomération Valence Romans agglo présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles tendant à une suspension d'exécution limitée dans son périmètre ou ses effets sont rejetées.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à la société Resotainer, à la communauté d'agglomération Valence Romans agglo et à la SCCV BLV - rue L. de Broglie.

Fait à Grenoble, le 29 avril 2024.

Le juge des référés,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402483

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