mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402544 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ROUVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, M. C D, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour administrative d'appel de Lyon relative à son droit au séjour ;
3°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard d'exécution, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
•la compétence du signataire de l'acte n'est pas justifiée ;
•le refus de titre de séjour :
-est entaché d'un défaut de motivation ;
-a été pris sans examen de sa situation personnelle ;
-méconnaît les articles 6, 5°, 6, 7° et 7 bis e) de l'accord-franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
•l'obligation de quitter le territoire français :
-est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
-est entachée d'un défaut de motivation ;
-a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
•la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation des décisions qui la fondent ;
•l'interdiction de retour sur le territoire français :
-est entachée d'un défaut de motivation qui démontre un défaut d'examen de sa situation ;
-est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 14 mai 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sogno,
- et les observations de Me Rouvier pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né en 2004, est entré en France en 2015 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. A sa majorité, il a déposé une demande de titre de séjour qui a été rejetée le 6 juillet 2023, le préfet de l'Isère assortissant en outre cette décision d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Le 24 octobre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal a annulé l'obligation de quitter le territoire français et les décisions subséquentes et enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. D. Le 23 novembre 2023, le tribunal a confirmé la légalité du refus de titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 5 mars 2024, le préfet de l'Isère a de nouveau rejeté la demande de titre de séjour de M. D et pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour d'une durée d'un an. Il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision de la cour administrative de Lyon sur l'appel de M. D interjeté contre le jugement du 23 novembre 2023.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la compétence du signataire de l'arrêté :
3. Par un arrêté du 22 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné délégation à Mme B A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
Sur le refus de titre de séjour :
4. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé pour refuser le titre de séjour sollicité par M. D. Il n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de celui-ci mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par suite, et alors que le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs que l'administration énonce, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, cette motivation démontre que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation de M. D.
5. M. D, qui est entré en France alors qu'il était âgé de plus de dix ans, n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de l'article 7 bis e) de l'accord franco-algérien qui prévoient la délivrance d'un certificat de résidence au ressortissant algérien résidant habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus cet âge.
6. Si l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantit le droit au respect de la vie privée et familiale, il prévoit également que l'exercice de ce droit doit être mis en balance avec différents impératifs, dont la protection de l'ordre public. Par ailleurs, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
7. M. D a été condamné le 11 mai 2022 à des mesures éducatives et judiciaires pendant deux ans pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, a fait l'objet de deux rappels à la loi pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants et a été condamné le 5 mai 2023, à une peine d'emprisonnement délictuel de douze mois dont six mois avec sursis probatoire pour des faits de recel de bien provenant d'un vol (17 mars, 11 et 20 avril 2023), vol (7 au 8, 11 et 20 avril 2023), vol avec destruction ou dégradation (21 février, 16 et 17 mars 2023), tentative de vol avec destruction ou dégradation (16 et 17 mars 2023), dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui (16 mars 2023), vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (26 février et 2 mars 2023) et vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (9 avril 2023). Eu égard au nombre et à la régularité des délits dont M. D a été reconnu coupable et à leur caractère récent, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.
8. S'il est vrai que M. D est entré en France en 2015 alors qu'il n'avait pas atteint l'âge de onze ans, il n'est pas pour autant dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident ses parents et ses cinq sœurs. Il n'établit pas, par ailleurs, qu'il ne pourrait bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié à son affection psychiatrique. Dans ces circonstances, le refus de lui délivrer un titre de séjour ne méconnaît pas les articles 6, 5° et 6, 7° de l'accord franco-algérien ou l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. M. D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour.
10. En vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique lorsque, comme en l'espèce, elle est l'accessoire d'un refus de titre de séjour.
11. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de l'Isère s'est livré à un examen particulier de la situation de M. D avant de lui faire obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ou de l'obligation de quitter le territoire français qui en constituent le fondement.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ou de l'obligation de quitter le territoire français qui en constituent le fondement.
14. Comme indiqué au point 4, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et sa rédaction atteste que le préfet de l'Isère s'est livré à un examen détaillé de la situation personnelle de M. D. Par ailleurs, celui-ci ne met pas en avant l'absence de motivation formelle de l'interdiction de retour sur le territoire alors que le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs que l'administration énonce.
15. M. D bénéficiant du délai de départ volontaire de droit commun de trente jours, ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne traite que des interdictions de retour assortissant une obligation de quitter le territoire français sans délai.
16. Enfin, comme indiqué au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une interdiction de retour d'un an emporte des conséquences notables sur la situation personnelle de M. D, et notamment sur son état de santé.
17. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :La requête de M. D est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Rouvier et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le président, rapporteur,
C. Sogno
La première assesseure,
J. Holzem
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026