mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402560 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL AABM AVOCATS ASSOCIES BERGERAS - MONNIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 12 avril 2024 sous le numéro 2402560, M. B A, représenté par Me Monnier, membre de la SELARL AABM Avocats associés Bergeras Monnier, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit toute circulation en France pendant 2 ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant adoption de l'obligation du 4 mars 2024 ;
- l'obligation en litige méconnaît les articles L. 233-1 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette obligation méconnaît le 5° de l'article L. 611-1 du même code ;
- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive le refus de délai de départ volontaire de base légale ;
- le refus de délai de départ volontaire n'est pas motivé ;
- ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'illégalité du refus de délai de départ volontaire prive l'interdiction de retour en France de base légale ;
- cette interdiction n'est pas suffisamment motivée ;
- cette interdiction est entachée d'erreur d'appréciation.
Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré 30 avril 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 2 mai 2024 sous le n°2403040, M. B A, représenté par Me Monnier, membre de la SELARL AABM Avocats associés Bergeras Monnier, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- l'assignation en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision portant fixation du pays de destination et de l'interdiction de retour en France pour les motifs exposés dans l'instance n°2402560 prive cette assignation à résidence de base légale.
Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a délégué à Mme Permingeat les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 6 mai 2024 :
- le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Angot, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a, par application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à 14 h 17, à l'issue de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant italien, déclare être entré en France en 2016. Interpellé par les forces de l'ordre le 4 mars 2024, il a fait l'objet, le jour même, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec placement en rétention administrative. Sa nationalité italienne ayant été établie au cours de sa rétention, le préfet de l'Isère a, par arrêté du 8 mars 2024, abrogé cette première mesure d'éloignement et lui a substitué une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie de la fixation du pays de destination et d'une interdiction de circuler sur le territoire français pendant 2 ans. Puis, par arrêté du 30 avril 2024, le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir des deux arrêtés du 8 mars et 30 avril 2024.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Le règlement du présent litige est urgent. Toutefois, les instances n°2402560 et n°2403040 présentent des questions connexes pour le traitement desquelles le conseil de M. A doit être regardé comme ne réalisant qu'une seule et même mission. Il y a donc lieu de n'accorder provisoirement à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle que dans la seule instance n°2402560.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. L'obligation de quitter le territoire français contestée a été signée par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère qui avait reçu, à cette fin, une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.
4. L'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A le 4 mars 2024 a été abrogée. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer l'irrégularité procédurale entachant selon lui cette décision - tenant à la méconnaissance de son droit d'être entendu - à l'encontre de l'arrêté du 8 mars 2024 seul en litige. Le moyen correspondant doit donc être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ".
6. M. A ne justifie pas remplir les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut, par suite, prétendre avoir acquis le droit au séjour permanent prévu par les dispositions précitées de l'article L. 234-1 du même code au seul motif qu'il résiderait en France de manière continue depuis plus de 5 ans. Le moyen correspondant doit donc être écarté.
7. L'obligation en litige n'a pas été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur celui du 2°) de l'article L. 251-1 du même code. Par suite, le moyen invoqué par le requérant, tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de l'Isère au regard des critères énoncées par ces premières dispositions, est inopérant et doit donc être écarté comme tel.
8. Si M. A résidait en France à la date de la décision contestée depuis 8 ans, il résulte des pièces produites par le préfet de l'Isère qu'entre le 17 avril 2021 et le 4 mars 2024, il a été interpellé pour des faits de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, de délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, de recel de bien provenant d'un vol, de conduite d'un véhicule sans permis, d'escroquerie, de proxénétisme aggravé et de vol avec effraction en réunion. Par suite, il ne saurait sérieusement se prévaloir d'une bonne intégration sociale. Sur un plan familial, la relation qu'il déclare entretenir avec une ressortissante française depuis un an est très récente et le caractère indispensable de sa présence au côté de sa mère pour l'assister dans sa vie quotidienne n'est pas établi. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige est disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance, par cette obligation, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. Pour les motifs exposés aux points 3 à 8, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, excipée à l'encontre du refus de délai de départ volontaire doit être écartée.
10. Le refus de délai de départ volontaire comporte les considérations de fait qui le fondent. Il satisfait donc à l'exigence de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du vice de forme dont cette décision serait entachée doit donc être écarté.
11. Le refus de délai de départ volontaire n'est pas fondé sur l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur l'article L. 251-3 du même code. Par suite, le moyen invoqué par le requérant, tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de l'Isère au regard des critères énoncées par ces premières dispositions, est inopérant et doit donc être écarté comme tel.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
12. Les considérations dont M. A fait état s'agissant de sa vie privée sur le territoire national ne sont pas de nature à caractériser une méconnaissance, par la décision portant fixation du pays de destination, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elles ne démontrent pas qu'il serait dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale dans son pays de renvoi plutôt que dans un autre pays à l'exclusion de la France. Par suite, le moyen correspondant doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° () de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
14. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'interdiction de circuler sur le territoire français n'a pas été prise en conséquence du refus de délai de départ volontaire et que ce refus n'en constitue pas la base légale. Par suite, l'exception d'illégalité du refus de délai de départ volontaire, excipée à l'encontre de l'interdiction de circuler sur le territoire français, doit être écartée comme irrecevable.
15. L'interdiction de circuler n'est pas fondée sur l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur l'article L. 251-4 du même code. Par suite, les moyens invoqués par le requérant, tiré du défaut de motivation et de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de l'Isère compte tenu et au regard des critères énoncés par ces premières dispositions, sont inopérants et doivent donc être écartés comme tels.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
16. L'assignation à résidence contestée a été signée par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère qui avait reçu, à cette fin, une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.
17. Pour les motifs exposés aux points 3 à 11, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, excipée à l'encontre de l'assignation à résidence doit être écartée.
18. L'assignation à résidence en litige n'a pas été prise en application des décisions portant fixation le pays de destination et interdiction de circuler sur le territoire français et ces décisions n'en constituent pas la base légale. Par suite, l'exception d'illégalité de ces deux décisions, excipée à l'encontre de la décision assignant M. A à résidence, doit être écartée comme irrecevable.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
20. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par M. A au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n°2402560.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à Me Monnier et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
F. Permingeat
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402560 2403040
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026