vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402644 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 7 |
| Avocat requérant | CABINET YOUSSEF NAILI |
Vu les procédures suivantes :
I ) Par une requête enregistrée le 16 avril 2024 sous le n° 2402644, M. H C, représenté par Me Naili, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2024, par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;
4°) de condamner l'État à verser à son conseil la somme de 1 500 euros, au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991, à charge de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît le droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article L 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
II) Par une requête enregistrée le 16 avril 2024 sous le n° 2402655, Mme D F, représentée par Me Naili, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2024, par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a décidé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;
4°) de condamner l'État à verser à son conseil la somme de 1 500 euros, au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991, à charge de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît le droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article L 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
La décision fixant le pays de destination :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Naili, représentant les requérants et de M. C assisté de Mme E B, interprète en langue anglaise.
Considérant ce qui suit :
1. M. C ressortissant de nationalité nigériane déclare être entré en France irrégulièrement le 21 février 2000 sans en apporter la preuve. Il a été placé en procédure Dublin et à la suite de sa réadmission sa demande d'asile a été reprise par la France et a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 7 septembre 2022 et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 octobre 2023. Par un arrêté 2 mars 2024, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme F ressortissante afghane déclare être entrée en France le 22 novembre 2017 sans en apporter la preuve. Elle a le 22 décembre 2017 fait une demande d'asile. Elle a été placée en procédure Dublin et à la suite de l'échec de sa réadmission sa demande d'asile a été reprise par la France et rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 7 septembre 2022 et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 octobre 2023. Par un arrêté du 2 mars 2024, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a décidé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'une famille d'étrangers. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C et Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le moyen commun :
4. Par un arrêté du 22 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à Mme G, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.
Sur l' obligation de quitter le territoire français :
5. Les requérants ont eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'ils estimaient utiles lors du dépôt de leur demande d'asile et en cours d'instruction de sa demande. En tout état de cause ils ne justifient pas d'éléments qu'ils auraient vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens de la décision contestée.
6. Les arrêtés attaqués mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Leur lecture démontre que la situation des intéressés a fait l'objet d'un examen particulier, complet et préalable.
7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. L'entrée en France de M. C et Mme F est récente. Ils sont célibataires. M. C a trois enfants mineurs mais la décision attaquée n'aurait pas pour effet de le séparer d'eux. Si M. C fait valoir qu'il est en concubinage avec Mme F cette dernière fait également l'objet d'une mesure d'éloignement de sorte que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où ils conservent nécessairement des attaches personnelles et sociales. M. C et Mme F ne peuvent se prévaloir d'aucune intégration ni insertion professionnelle particulière en France. Ainsi, eu égard notamment aux conditions de leur séjour en France, M. C et Mme F ne sont fondés à soutenir ni que le préfet méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision et donc méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni que ses décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur le refus l'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'étant pas illégales, les requérants ne sont pas fondés à exciper de leur illégalité à l'encontre de l'interdiction d'octroi d'un délai de départ volontaire prise à leur encontre.
Sur la fixation du pays de destination :
11. Les décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'étant pas illégales, les requérants ne sont pas fondés à exciper de leur illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
Sur l'interdiction de retour de Mme F sur le territoire français pendant une durée d'un an :
12. La décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de son retour pendant une durée d'un an.
13. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. C et de Mme F doivent être rejetée dans toutes leurs conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : M. C et Mme F sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes de M. C et Mme F sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, à Mme D F, à Me Naili et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le magistrat désigné,
S. A Le greffier,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2602644 - 2402655
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026