lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402710 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 1 |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 17 avril 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a renvoyé au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête enregistrée le 12 avril 202 4 par laquelle M. B D demande l'annulation de l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour la durée de trois ans et, la mise à la charge de l'État d'une somme de 1 000 euros au profit de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D, représenté par Me Combes, a présenté un mémoire complémentaire enregistré le 14 mai 2024 à 12 h 13 par lequel il conclut aux mêmes fins que la requête et demande en outre au tribunal :
- d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
- d'enjoindre à la préfète de l'Ain de supprimer la mention de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
- de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat :
M. D soutient que :
Sur les moyens communs, la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée en retenant le défaut d'examen particulier de la situation ;
- est entachée d'un vice de compétence.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les articles 3§1 de la convention internationale relative aux droits des enfants et 8 de la convention européenne des droits de l'Homme.
Sur l'absence de délai de départ volontaire :
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 et suivants et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territioire français ;
- méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'Homme.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative,
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Combes, représentant M. D, et M. D.
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant albanais, déclare être entré sur le territoire français en mai 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision notifiée le 10 avril 2017. Suite à un contrôle de police le 10 avril 2024, M. D a été placé en retenue administrative. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Il ressort des pièces du dossier et des éclaircissements apportés à l'audience que M. D est père de la jeune C, née le 25 août 2016, qui fait l'objet d'une mesure de placement à l'aide sociale à l'enfance et est actuellement placée en famille d'accueil. Si M. D ne bénéficie pas de l'autorité parentale, confiée à son ex-épouse par un jugement du 24 mars 2023, il bénéficie d'un droit de visite mensuel dans un cadre médiatisé. Dans un jugement du 29 février 2024 renouvelant jusqu'au 28 février 2025 la mesure éducative de C, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Lons le Saunier a relevé que M. D manifeste une volonté continue de se rendre auprès de sa fille, malgré les difficultés concrètes liées à sa situation administrative et que son droit de visite médiatisé pourra être élargi en concertation avec le service chargé de la mesure éducative. L'éducatrice de C atteste que M. D rencontre sa fille en moyenne une fois par mois et qu'il adopte toujours une attitude adaptée avec sa fille et les professionnels qui médiatisent les visites. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français aurait pour effet de priver C de tout contact avec son père pendant une longue période alors qu'elle se trouve dans une situation familiale très complexe et ne peut pour l'instant quitter la France. Par ailleurs, si la décision attaquée mentionne que M. D est défavorablement connu de l'administration, les faits qui lui sont reprochés, pour répréhensibles qu'ils soient, sont anciens et n'ont pas été renouvelés. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. D est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter la France, la préfète de l'Ain a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français doit être annulé. Les décisions distinctes fixant le pays de destination et portant interdiction de retour doivent être annulées par voie de conséquence.
Sur l'injonction :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. Ainsi que le prévoient les dispositions précitées, le présent jugement implique que la situation de M. D soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation du requérant dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de munir M. D d'une autorisation provisoire de séjour et de travail. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Par ailleurs, le présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais du litige :
8. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Combes, avocate de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Combes de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. D.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de l'Ain du 10 avril 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain ou au préfet territorialement compétent, d'une part, d'effacer le signalement de M. D aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Combes, avocat de M. D, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. D.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Combes et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le président,
J. P. A
La greffière,
A. ZANON
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402710
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026