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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402835

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402835

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMIRAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Isère refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a estimé que le refus de séjour ne méconnaissait pas l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, compte tenu des attaches familiales conservées par M. A au Bangladesh. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, M. C A, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous huit jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de fait ;

- le refus de séjour méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Miran, avocate de M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 10 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 10 avril 2004, est entré en France en 2020 alors qu'il était mineur. Il a été confié à l'âge de seize ans le 26 octobre 2020 au service de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire et a fait l'objet d'un jugement en assistance éducative le 2 novembre 2020. Le 15 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation du requérant avant de prononcer l'arrêté contesté. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, si le requérant allègue que ses parents sont décédés, il n'apporte aucune explication sur le fait que les autorités de son pays ont mentionné sur son passeport délivré en 2022 l'adresse de son père comme personne à contacter en cas d'urgence. Le rapport de l'Adate se borne à reprendre ses déclarations. En tout état de cause, en admettant même que le père et la mère de M. A soient décédés, le préfet aurait pris la même décision dès lors que son oncle vit toujours au Bangladesh, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans et où il a nécessairement conservé des attaches personnelles et familiales.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de l'Isère a notamment relevé que M. A ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, que son père est renseigné sur son passeport, émis le 12 décembre 2022, comme personne à contacter en cas d'urgence, que l'adresse précisée sur ce passeport est identique à celle de son père et qu'il ressort du récépissé de sa demande de passeport qu'il conserve un oncle dans son pays d'origine, dans le village où il résidait.

7. M. A explique que l'existence d'une erreur dans le nom de famille de son père sur le passeport émis le 12 décembre 2022 n'est pas acceptable et précise que les autorités de son pays demandent une adresse au Bangladesh pour les contacts d'urgence mais que cette mention est sans incidence sur la question de savoir si la personne mentionnée est vivante. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément contredisant les autorités de son pays qui ont apposé l'adresse de son père comme contact d'urgence sur son passeport et ne remet pas sérieusement en cause cette mention. Si le requérant a produit des attestations de décès de ses parents, elles ne sont pas légalisées par le consulat du Bangladesh en France. Dans ces circonstances, et alors qu'il ne conteste pas avoir son oncle dans son pays d'origine, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, M. A résidait sur le territoire français depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée. S'il suit avec sérieux sa scolarité et justifie de sa capacité à s'intégrer dans la société française, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il aurait désormais ancré en France, compte tenu notamment de la courte durée de son séjour, l'essentiel de sa vie privée et familiale. Le requérant est célibataire et sans enfant et ne dispose d'aucune attache familiale en France. La circonstance que ses parents seraient décédés et qu'il n'aurait plus de famille dans son pays d'origine ne suffit pas à lui conférer un droit au séjour en France alors au demeurant que les autorités de son pays ont mentionné l'adresse de son père sur son passeport et qu'il n'est pas contesté que l'intéressé conserve un oncle dans son pays d'origine. Si M. A a fait preuve d'efforts pour son insertion sociale, notamment par l'apprentissage du français, ainsi que pour son insertion professionnelle, il n'est toutefois pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a toujours vécu avant son départ pour la France. En dépit des attestations de ses professeurs, de sa famille d'accueil et amis dont il se prévaut, il ne justifie pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France. Par suite, le refus de titre de séjour en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 11 juillet 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées par son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de Me Miran tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Miran et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme Emilie Barriol, première conseillère,

- Mme Emilie Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.

La rapporteure,

E. B

Le président,

M. D

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402835

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