lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402853 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | JOIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, M. D G, représenté par Me Joie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de sept jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. G soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les articles L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024 à 9 h 56, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. WYSS a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, de nationalité congolaise, est entré en France à la date déclarée du 12 décembre 2016 pour y demander l'asile. Sa demande ayant été rejetée, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 15 mai 2019 qu'il n'a pas exécutée. M. G a été placé en retenue administrative le 22 avril 2024 pour vérification de sa situation. Par arrêté du même jour dont l'annulation est demandée, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. G, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté a été signé par M. F C, directeur de la citoyenneté et de l'immigration, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Haute-Savoie par arrêté du 15 décembre 2023, régulièrement publié. Le moyen d'incompétence n'est par suite pas fondé.
4. L'arrêté énonce avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, le préfet n'étant tenu de mentionner que les éléments relatifs à la situation du requérant sur lesquels il s'est fondé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté. Il ne résulte ni de cet arrêté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. G avant de prendre la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
5. S'il n'est pas contesté que M. H est présent en France depuis 2016, cette durée n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière après la notification le 20 mai 2019 de l'arrêté du 14 mai 2019 portant obligation de quitter le territoire. Il ne justifie d'aucune intégration particulière même s'il soutient avoir des activités associatives. S'il soutient avoir la garde de son fils B, il ne l'établit pas en se bornant à produire des certificats de scolarité. Il ne se prévaut d'aucune autre famille en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches au Congo où résident encore sa mère et ses frères et sœurs. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la vie personnelle du requérant.
6. L'obligation de quitter le territoire français n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. H de son fils qui pourra poursuivre sa scolarité au Congo où il est né en 2011. Par suite, en obligeant M. H à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le terrtioire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes ()".
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas sollicité un titre de séjour après le rejet de sa demande d'asile et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 14 mai 2019 régulièrement notifiée à l'adresse connue par l'administration et revenue en préfecture avec la mention " pli avisé non réclamé ". Par ailleurs, il n'a pu présenter des documents d'identité en cours de validité ni justifier d'une résidence effective et permanente. Dès lors, le requérant entrait dans les cas visés aux 1°), 3°) et 8°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet pouvait, pour ces motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions mentionnées au point précédent doit être écarté.
Sur la décision prononçant une interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour [], l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Il ressort des termes des décisions attaquées que, pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a mentionné que l'intéressé ne représentait pas une menace pour l'ordre public, qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il était en France depuis quatre ans, en situation irrégulière pour l'essentiel, qu'il ne justifiait pas d'attaches en France, et n'établissait pas être démuni de lien dans son pays d'origine. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet de la Haute-Savoie de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.
11. Le préfet de la Haute-Savoie a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, estimer qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an pouvait s'appliquer à M. G eu égard à sa situation personnelle et familiale telle que décrite précédemment. Le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Me Joie et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le président,
J.P. WYSS La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026