mercredi 28 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2402863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BORIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 24 avril, le 3 et le 24 juin 2024, Mme H D, représentée par Me Bories, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Le refus de titre de séjour :
- est entaché d'un défaut de motivation ;
- est entaché d'une erreur de droit tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;
- méconnait les articles L. 422-1 et L.433-1 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision d'éloignement :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- méconnait l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnait l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par trois mémoires en défense, le dernier non communiqué, enregistrés le 28 mai, le 4 juin et le 26 juin 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête de Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2024.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Bories, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H D, ressortissante iraniennee née le 13 septembre 1980, est entrée régulièrement en France le 18 janvier 2018 avec un visa de long séjour pour y suivre des études. Son titre de séjour étudiant a été renouvelé jusqu'au 11 décembre 2022. Le 22 octobre 2022, Mme D a demandé une dernière fois le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par les décisions contestées du 23 novembre 2023, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui la fondent en droit. Le préfet expose la situation personnelle et familiale de Mme D et les circonstances qui fondent son appréciation sur l'absence du caractère sérieux de ses études. Par suite, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme D.
4. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". D'autre part, en application de l'article L.433-1 du même code, le renouvellement du titre de séjour étudiant est notamment subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue à remplir les conditions de délivrance de ce titre.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a obtenu un DU d'études françaises A2 au titre de l'année universitaire 2018/2019, soit un diplôme préparé à l'université qui n'est pas un diplôme national reconnu par le ministère de l'enseignement supérieur. Elle a été inscrite, à l'université d'Aix-Marseille, en licence 2 d'histoire, documentation et médias pour les années universitaires 2019/2020 et 2020/2021, puis en licence 1 d'histoire géographie pour les années 2021/2022 et 2022/2023. Si elle produit une attestation de l'université d'Aix-Marseille au terme de laquelle elle a validé sa licence II en 2020-2021, il en ressort également qu'elle n'a pas validé sa licence 1, de sorte qu'elle ne peut prétendre à une inscription en licence 3. Dans ces conditions, le préfet a pu sans commettre d'erreur de fait considérer que Mme D n'avait pas validé de diplôme à l'issue de ses quatre années passées en France.
6. Si Mme D justifie être inscrite en licence 3 de tourisme, hôtellerie et évènementiel pour l'année universitaire commencée à la date de la décision contestée, et produit l'attestation d'un maître de conférence de l'université Savoie Mont Blanc au terme de laquelle elle a validé ses deux semestres, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle pourrait prétendre à la délivrance d'un diplôme de licence 3 en l'absence de validation de son année de licence 1. Par suite, Mme D, qui n'a pas obtenu de diplôme dans son cursus universitaire depuis son entrée en France en janvier 2018, ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études. Par suite, le préfet n'a pas fait une inexacte application des articles L.422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler son titre de séjour étudiant.
7. En troisième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. La circonstance que le préfet a mentionné par ailleurs que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante reste sans incidence à cet égard.
8. En dernier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté que Mme D est célibataire et sans enfant et qu'elle a conservé des attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Ces éléments ne sont pas contestés par la requérante laquelle ne donne, au demeurant, aucune indication sur sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation particulière de Mme D.
Sur la décision d'éloignement :
9. La décision en litige a été signée par Mme E C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 22 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
10. Au regard de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision d'éloignement par voie de conséquence d'une illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour ni de la méconnaissance de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, la décision d'éloignement ne porte pas à la vie privée et familiale de Mme D une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Au regard de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence d'une illégalité de la décision d'éloignement.
13. En indiquant que Mme D n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a suffisamment motivé a décision fixant le pays de destination.
14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
15. La requérante, qui se borne à indiquer que la décision contestée méconnait ces dispositions " au vu de la situation en Iran ", sans même alléguer qu'elle serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine, n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du préfet de la Savoie du 23 novembre 2023. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de son conseil tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er :La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 :Les conclusions Me Bories tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme H D, à Me Bories et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme B F, première-conseillère,
- Mme Emilie Aubert, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.
La rapporteure,
E. A
Le président,
M. GLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402863
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026