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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403032

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403032

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMORLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n°2404141 du 30 avril 2024, le tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Grenoble la présente requête, enregistrée le 27 avril 2024.

Par une requête enregistrée le 27 avril 2024 et un mémoire enregistré le 9 mai 2024, M. B F, désormais représenté par Me Ahdjila, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel E de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant 12 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. F soutient que :

- l'obligation en litige n'est pas motivée ;

- E de la Drôme n'a pas examiné sa situation ;

- cette obligation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- l'interdiction de retour en France méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du même code ;

- cette interdiction est disproportionnée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

E de la Drôme a présenté un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu

- l'arrêté du 27 avril 2024 par lequel E de la Drôme a assigné M. F à résidence ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a délégué à Mme D les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 13 mai 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Ahdjila, tendant par les mêmes moyens aux mêmes fins que la requête et soulignant que son client n'a pas été entendu dans le cadre d'une retenue administrative pour vérification de son identité mais dans celui d'une garde à vue pour des faits délictueux, qui a été annulée par l'autorité judiciaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant arménien, né en septembre 1997, serait entré en France en juin 2015, d'après les déclarations qu'il a faites lors du dépôt de sa demande d'asile auprès des services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). A la suite du rejet de cette demande, il a fait l'objet, en juillet 2016, d'une première obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. Cette mesure a été réitérée en septembre 2017 après son interpellation par les services de police pour des faits de violence commis sur sa compagne. Il ne l'a pas davantage exécutée. Ultérieurement, il a obtenu un titre de séjour valable un an en qualité de salarié, du 29 juin 2022 au 28 juin 2023. Dès l'obtention de ce titre, il a mis fin à ses activités professionnelles. Sa demande tendant à son renouvellement a donc été rejetée par arrêté du 18 juillet 2023. Interpellé pour des faits de conduite en état d'ivresse, détention de stupéfiant et refus d'obtempérer aux forces de l'ordre, il a fait l'objet, le 25 avril 2024, d'une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai portant également fixation du pays de destination et interdiction de retour en France pendant 12 mois. Ultérieurement, par arrêté du 27 avril 2024, il a été assigné à résidence. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté précité du 25 avril 2024.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu, par application des dispositions précitées, d'accorder provisoirement à M. F le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. C, préfet de la Drôme. L'affirmation selon laquelle " Monsieur E devra () justifier des délégations de signatures " n'est au demeurant pas un moyen de légalité.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation instituée par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et ne révèle aucun défaut d'examen sérieux de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " ;

6. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les motifs exposés au point 4.

7. En deuxième lieu, l'affirmation selon laquelle M. F n'a pas bénéficié d'une procédure équitable n'est pas assortie des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, aucun texte ni principe n'interdisant la prise d'une obligation de quitter le territoire français le jour même d'une garde à vue, cette dernière ne constituant au demeurant pas le fondement légal de la décision attaquée. Au surplus, s'il est vrai que l'autorité judiciaire a déclaré irrecevable la demande de rétention administrative de M. F formulée par E de la Drôme au motif que sa demande ne contenait pas le procès-verbal de notification de placement en garde à vue, il ne ressort en revanche pas des pièces du dossier que la procédure de garde à vue ait été annulée.

8. En troisième lieu, si M. F soutient dans le cadre de la présente instance être entré en France à l'âge de 12 ans, il ne l'établit pas, l'OFPRA indiquant qu'il aurait déclaré lors du dépôt de sa demande d'asile être entré sur le territoire en juin 2015, à l'âge de 17 ans. Désormais âgé de 26 ans, il ne justifie pas de liens stables et durables en France, en dehors de la famille de sa tante, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourra pas venir lui rendre visite dans son pays d'origine. Sa mère est quant à elle dans la même situation administrative que lui, son ultime demande de titre de séjour ayant également été rejetée le 18 juillet 2023 et sa sœur résiderait en Suisse selon les déclarations relatives à sa situation administrative réalisées par le requérant en garde à vue le 25 avril 2024. Dans ces circonstances, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, () ".

10. Le requérant soutient que E a fondé à tort la décision de refus de départ volontaire sur les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où la décision attaquée ne porte pas refus de titre de séjour. Toutefois, il est constant que par l'arrêté du 18 juillet 2023 cité au point 1, E de la Drôme a refusé de renouveler son titre de séjour ce qui l'autorisait, en application des dispositions précitées, à refuser tout délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Les moyens tirés de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'interdiction de retour, doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points précédents.

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Les raisons tenant à la vie privée et familiale du requérant, examinées au point 8, ne sont pas des " circonstances humanitaires ", au sens des dispositions précitées, de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Par ailleurs, les menaces qu'il soutient encourir dans son pays d'origine ne sont pas établies. En limitant la durée de l'interdiction de retour à un an, E de la Drôme n'a ni méconnu les dispositions précitées, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le requérant n'établit pas la réalité de ces menaces qu'il soutient encourir dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit dès lors être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

16. Les conclusions de M. F, partie perdante, doivent être rejetées ;

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

I. D

Le greffier,

M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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