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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403043

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403043

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par des requêtes enregistrées sous les n°2403043 et 2403044 le 2 mai 2024, M. A B et Mme F B, représentés par Me Terrasson, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 9 juin 2023 par lesquels le préfet de l'Isère a refusé de leur délivrer un titre de séjour, a assorti ces refus d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé des interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de leur délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer leur situation dans les mêmes conditions de délai, et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. et Mme B soutiennent que :

- les arrêtés ont été signés par une personne ne justifiant pas de sa compétence à ce titre ;

- les refus de titre de séjour sont entachés d'une erreur de fait ; ils méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation ; ils méconnaissent l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- les obligations de quitter le territoire français méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation ; elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions fixant le pays de destination méconnaissent l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les interdiction de retour sur le territoire français sont entachées des mêmes illégalités que les autres décisions.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 29 février 2024.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- et les observations de Me Terrasson, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais sont entrés en France le 17 mars 2017, accompagnés de deux de leurs enfants, selon leurs déclarations. A la suite du rejet de leurs demandes d'asile, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par les arrêtés attaqués le préfet de l'Isère a refusé de délivrer les titres de séjour sollicités, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé des interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Les requêtes visées présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme C E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. et Mme B sont présents en France depuis six ans à la date des arrêtés attaqués. Si leurs trois enfants majeurs vivent en France régulièrement - leur fille D s'étant vu reconnaître la protection subsidiaire postérieurement aux arrêtés attaqués - et s'ils sont grands-parents d'un enfant français, ils ont passé la majorité de leur vie en Albanie où ils ont vécu jusqu'à l'âge respectif de 47 et 40 ans et où Mme B conserve des attaches familiales. Les circonstances qu'ils se soient investis dans des associations locales, aient suivi des cours de français et qu'ils produisent des attestations favorables de connaissances ou d'amis ne suffisent pas à considérer que le préfet de l'Isère a porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs il n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'a entaché ses arrêtés d'erreur manifeste d'appréciation. De même, il aurait pris la même décision s'il avait considéré que les requérants justifiaient de leur présence en France depuis 2017.

4. En troisième lieu, les arrêtés attaqués, qui ne privent ni leur fils ni leur petit-fils de nationalité française de la possibilité de venir les visiter en Albanie, ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant garanti par l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

5. En quatrième lieu, si M. et Mme B font valoir qu'étant mats de peau, ils sont susceptibles d'être assimilés à la minorité ethnique rom en Albanie et discriminés pour cette raison, ils n'établissent nullement la réalité de ces craintes, alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté leur demande d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent par suite être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme F B, à Me Terrasson et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Portal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403043 ; 2403044

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