mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2403071 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | TERRASSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2024, Mme E D, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère à titre principal de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Mme D soutient que :
L'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
L'obligation de quitter le territoire français
- est entaché d'erreur de droit et de méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination :
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité ivoirienne, est entrée en France le 20 octobre 2021 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée le 23 mai 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 29 décembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 2 avril 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Par un arrêté du 22 février 2024, régulièrement publié, le préfet de l'Isère a donné délégation à M. C, chef du bureau Asile, Contentieux, Eloignement pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".
5. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
6. Mme D soutient qu'elle remplit les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 4. Si elle établit qu'elle souffre d'hépatite B et C, aucun élément versé par l'intéressée dans la présente instance ne permet de démontrer que le défaut d'une telle prise en charge médicale pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni en tout état de cause qu'elle ne pourrait en bénéficier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne peut être tenu pour établi que Mme D laquelle, au demeurant, n'a déposé aucune demande à cette fin, remplirait les conditions pour obtenir la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui est entrée récemment en France, n'a été autorisée à résider sur le territoire que dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile et n'a pas vocation à s'y maintenir après son rejet. Par ailleurs, l'intéressée qui a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans dans son pays d'origine ne justifie d'aucun lien personnel ou familial en France à l'exception de son fils A né le 3 juillet 2022, alors qu'elle n'est en revanche pas dépourvue d'attaches en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. La présente décision n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le jeune A de sa mère qu'il pourra suivre en Côte d'Ivoire où il retrouvera sa famille et pourra commencer sa scolarité. Par ailleurs, Mme D n'apporte aucune précision sur le père de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
9. Si Mme D fait valoir qu'elle encourt des risques en cas de retour au Congo où son oncle voudrait lui imposer un mariage forcé, il ressort de ses propres écritures que les faits allégués remontent à 23 ans. Mme D ne produit aucun autre justificatif alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que la décision fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à Me Terasson et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le président
J.P. B
La greffière
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026