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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403131

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403131

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRAHACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Rahache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est insuffisamment motivé.

Sur le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un vice de procédure, faute de saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Paillet-Augey.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 21 mars 1990, est entrée régulièrement en France le 23 mars 2015 sous couvert d'un visa de court séjour. Par une décision du 4 mai 2018, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. L'année suivante, le 18 juin 2019, le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre une deuxième obligation de quitter le territoire français sans délai également, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le recours formé contre cette obligation de quitter le territoire a été rejeté par le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble le 25 juin 2019, rejet confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon le 30 juin 2020. Par courrier du 1er octobre 2021, elle a sollicité la régularisation de sa situation au titre de sa vie privée et familiale, compte tenu de la scolarisation en France de ses deux enfants mineurs, respectivement nés en France les 20 avril 2015 et 30 novembre 2017. Sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a été enregistrée le 8 février 2022. Par un arrêté du 2 avril 2024, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté du 2 avril 2024 a été signé par M. Delavoet, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme B et les considérations de droit sur lesquels il se fonde, notamment en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, est suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontre que la situation de Mme B a fait l'objet d'un examen particulier et préalable. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen particulier, lesquels ne sont au demeurant pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Savoie a considéré qu'en dehors de la présence de son conjoint, compatriote algérien défavorablement connu des services de police qui se trouve également en situation irrégulière en France, dont elle a au demeurant indiqué être séparée lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, et de ses deux enfants mineurs, Mme B ne justifie pas d'autres liens personnels ou familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une attention disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Si la requérante conteste cette appréciation, en soutenant qu'elle vit en France depuis 2015 et qu'elle a deux enfants dont elle s'occupe, pour autant, elle ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ()/ 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

7. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions figurent notamment celles de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le préfet doit consulter la commission du séjour des étrangers lorsqu'il envisage de refuser ou de renouveler le titre de séjour temporaire d'un étranger.

8. En l'espèce, pour les motifs énoncés au point 5 du présent jugement, Mme B n'est pas au nombre des étrangers pouvant bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Ainsi, le préfet de la Haute-Savoie n'avait pas à consulter la commission du titre de séjour.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à contester le refus de titre de séjour pris à son encontre.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de titre de séjour étant rejetées, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement.

En ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de renvoi :

12. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 avril 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey Le président,

P. Thierry

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24031312

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