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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403244

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403244

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDJEFFAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 22 mai 2024, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 14 février 2024 par laquelle le maire de Le Versoud s'est opposé à sa déclaration préalable ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Le Versoud de réinstruire sa déclaration préalable dans le délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Le Versoud au versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence est remplie eu égard aux obligations imposées à la société Free mobile et aux impératifs du service public des télécommunications et dès lors que les objectifs de couverture qui lui sont imposés par l'Etat (notamment les réseaux 4G et très haut débit) ne sont pas encore atteints et que la partie du territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par les réseaux 3G et 4G ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :

*elle est entachée d'incompétence ;

*le maire de la commune de Le Versoud a commis une erreur de droit en estimant que les travaux projetés relevaient du champ d'application du permis de construire ;

- il ne peut être procédé aux substitutions de motifs sollicitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la commune de Le Versoud, représentée par Me Djeffal, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Free mobile à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est sérieux ;

- au besoin, des substitutions de motifs peuvent être opérées dès lors que le projet entre en contradiction avec une autorisation d'urbanisme définitive obtenue le 29 juillet 2022 en cours d'exécution et entraîne un retrait partiel ou une modification de cette autorisation en la rendant non conforme à l'article Ul 12 du règlement du plan local d'urbanisme, est entaché de fraude et relève du champ d'application du permis de construire dès lors qu'il forme un ensemble immobilier unique avec la construction autorisée par le permis de construire du 29 juillet 2022.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2402485 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 22 mai 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;

- les observations de Me Mirabel pour la société Free Mobile ;

- les observations de Me Martin pour la commune de Le Versoud.

Les parties ont été informées, par ordonnance du 28 mai 2024, que la clôture d'instruction a été différée au 30 mai 2024 à 8 h 00.

Une note en délibéré présentée pour la société requérante le 23 mai 2024 et devant être regardée comme un mémoire, a été communiquée. La société requérante persiste dans ses conclusions.

Un mémoire produit pour la commune de Le Versoud, enregistré le 29 mai 2024, a été communiquée à la requérante. La commune de Le Versoud persiste dans ses conclusions.

Une note en délibéré a été produite le 29 mai 2024 pour la société requérante qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 janvier 2024, la société Free Mobile a déposé une déclaration préalable auprès de la commune de Le Versoud, afin d'y installer un relais de radiotéléphonie et des locaux et installations techniques sur la parcelle cadastrée section AA, n°60, au 529 rue Amable Matussière à Le Versoud. Le 14 février 2024, la commune de Le Versoud a pris une décision d'opposition à la déclaration préalable au motif que la demande méconnaît les dispositions combinées des articles R. 421-1 et R. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que le projet aurait dû faire l'objet d'une demande de permis de construire. Par la présente requête, la société Free Mobile sollicite du juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution d'une décision d'opposition à une déclaration préalable de travaux d'implantation d'une antenne de téléphonie mobile opposée à un constructeur, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile 3G, 4G ou 5G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'Etat et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune concernée.

5. La société Free Mobile produit des cartes de couverture réseau qui démontrent que le projet contesté permettra d'améliorer la couverture du réseau de téléphonie mobile 3G et 4G sur le territoire de la commune de Le Versoud d'une zone actuellement non couverte par les réseaux de téléphonie mobile de la société requérante. Si la commune de Le Versoud conteste en défense la force probante de ces cartes, les éléments qu'elle produit ne pas suffisamment probants pour établir leur absence de validité alors que la société Free Mobile, n'a aucun intérêt à les biaiser à la baisse. Par ailleurs, la sincérité de ces cartes ne peut être utilement contestée du fait des contradictions relevées avec les cartes de couverture réseau de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, qui n'ont pas la même précision ni la même portée. En outre, aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs ne résulte de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques. Ainsi, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile résultant des engagements pris par la société Free mobile pour assurer une couverture à 99,6% de la population sur l'ensemble du territoire à l'horizon du 8 décembre 2030 et alors même que la commune de Le Versoud accueille déjà six antennes dont deux de l'opérateur Free Mobile, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie et ce alors même qu'une décision de non opposition à déclaration préalable a été accordée le 12 septembre 2023, à titre provisoire à la suite de l'ordonnance n°2302022 du 27 avril 2023, à la société requérante pour l'installation d'un relais de téléphonie mobile à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet contesté et que les travaux y afférents n'ont pas commencé.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Le Versoud a commis une erreur de droit en estimant que les travaux projetés relevaient du champ d'application du permis de construire apparaît de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

7. Les demandes de substitution de motif demandées par la commune de Le Versoud ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire échec au doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

8. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 14 février 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile soit réexaminée par la commune de Le Versoud. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de la commune de Le Versoud de procéder à ce réexamen et de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procès :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Le Versoud doivent dès lors être rejetées.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Le Versoud une somme de 800 euros à verser à la Société Free Mobile au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er :L'exécution de la décision du 14 février 2024 par laquelle le maire de Le Versoud s'est opposé à la déclaration préalable de la société Free mobile est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au maire de la commune de Le Versoud de réexaminer la déclaration préalable de la société Free mobile et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :La commune de Le Versoud versera à la société Free mobile une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la commune de Le Versoud tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 :

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à la Free mobile et à la commune de Le Versoud.

Fait à Grenoble, le 11 juin 2024.

La juge des référés,

A. Bedelet

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403244

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