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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403350

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403350

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, Mme C D épouse A, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :

- 1°) De l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- 2°) De suspendre l'exécution de la décision en date du 26 mars 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

- 3°) D'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- 4°) De condamner l'Etat à verser à son Conseil la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C D épouse A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : la privation des mesures prévues par la loi visant à assurer des conditions matérielles d'accueil constitue une urgence lorsqu'elle a des conséquences graves pour le

demandeur d'asile ; la décision adoptée par la directrice territoriale de l'OFII le 26 mars 2024 la place dans une situation d'extrême précarité et de vulnérabilité, notamment compte tenu de ses difficultés de santé ; elle souffre d'une maladie grave et, en conséquence, doit suivre un lourd traitement ; au début du mois d'octobre 2023, il lui a été diagnostiqué une pyélonéphrite aiguë, associée à un déséquilibre tensionnel ; elle présente par ailleurs des signes dépressifs avec une tristesse de l'humeur et des insomnies avec un risque d'aggravation en cas de stress supplémentaire ;

par ailleurs, sa fille B A est également atteinte de graves problèmes de santé, étant atteinte d'une pathologie hépatique grave nécessitant des soins quotidiens ; sa présence est indispensable aux côtés de sa fille ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : la décision n'est pas motivée ; elle entend soulever l'exception d'illégalité liée à l'illégalité de la décision de classement en fuite ; la décision est entachée d'erreur de droit, l'OFII se croyant lié par la déclaration en fuite ; la décision méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision est entachée d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition de l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de sa décision.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2403349, le 15 mai 2024, par laquelle Mme C D épouse A, représentée par Me Huard, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2024 à 11H :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Huard, représentant Mme C D épouse A.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de Mme C D épouse A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. " ".

4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. Mme C D épouse A, née le 24 septembre 1965, de nationalité kosovare, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 27 janvier 2023 et placée en procédure Dublin. N'ayant pas respecté son obligation de présentation aux autorités, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a adressé un courrier portant intention de cessation des conditions matérielles d'accueil en date du 15 novembre 2023 notifié le 17 novembre 2023. Par courrier du 5 décembre 2023, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil au terme de la procédure contradictoire. A la suite d'une transmission tardive d'observations, analysées par l'OFII comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil par la décision attaquée du 26 mars 2024.

6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens visés ci-dessus n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est remplie, la requête de Mme C D épouse A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement de frais exposés et non compris dans les dépens,

O R D O N N E

Article 1er : Mme C D épouse A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C D épouse A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D épouse A, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Grenoble, le 12 juin 2024.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

La greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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