mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2403356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LABARTHE AZEBAZE |
Vu la procédure suivante :
Par deux requêtes et des mémoires, enregistrés le 15 mai 2024 et le 17 juin 2024, M. C D et Mme E A, représentés par Me Labarthe Azébazé, demandent au tribunal :
1°) de les admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les arrêtés du 10 avril 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Savoie a refusé de leur délivrer des titres de séjour et a assorti ces refus d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de leur délivrer les titres de séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour sous deux semaines ;
4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de leur signalement au fichier Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros pour chaque requête à verser à leur conseil en vertu de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés ont été signés par une personne qui ne démontre pas sa compétence à ce titre ;
- les arrêtés sont insuffisamment motivés ;
- les arrêtés méconnaissent les articles L. 425-9 et L. 425-10 et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les arrêtés méconnaissent l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ; ils méconnaissent les articles 7, 15, 16 et 17 de la convention relative aux personnes handicapées.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet des requêtes.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Holzem a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D et Mme A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. M. B et Mme A, ressortissants nigérians, sont entrés en France le 11 avril 2021, selon leurs déclarations, accompagnés de leurs deux enfants mineurs. A la suite du rejet de leurs demandes d'asile, ils ont sollicité la délivrance de titres de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués le préfet de la Haute-Savoie a refusé de délivrer les titres de séjour sollicités et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Les requêtes visées présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant mineur des requérants, William A né le 12 juin 2015, présente des troubles importants de l'apprentissage, des difficultés d'orientation spatio-temporelle, des difficultés sociales et un retard de parole et de langage. Cet enfant est en cours de diagnostic pour un trouble du spectre autistique et sont évoqués également une possible dysphasie ou un retard intellectuel. Son évaluation de la scolarisation met en avant le fait que l'enfant doit être accompagné en permanence par un accompagnant d'élève en situation de handicap et que ses grandes difficultés d'adaptation au milieu scolaire et de gestion de ses émotions - amenant l'enfant à crier ou frapper - nécessitent sa prise en charge dans un institut médico-éducatif (IME) ou en unité localisée pour l'inclusion scolaire (la prise en charge ULIS ayant été attribuée en juin 2024, postérieurement à l'arrêté attaqué). William bénéficie d'une prise en charge par un psychologue et un orthophoniste et a eu l'occasion de consulter un pédopsychiatre. Il bénéficie d'une prise en charge multidisciplinaire au centre médico-psycho-pédagogique (CMPI) et est en attente de prise en charge en service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). Ses parents se sont vus attribuer une allocation enfant handicapé postérieurement aux arrêtés attaqués mais qui révèlent la situation de handicap antérieure de l'enfant, avec un taux d'incapacité évalué entre 50% et 80%. S'agissant du second enfant mineur des requérants, Bella A née le 9 mars 2017, cette enfant présente un trouble du spectre autistique diagnostiqué, a été prise en charge par une pédopsychiatre sur demande du CMPI de manière régulière et bénéficie depuis d'une prise en charge pluridisciplinaire trois demi-journées par semaine. Elle a, postérieurement aux arrêtés attaqués, bénéficié d'une prise en charge en IME. La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) a de même alloué à ses parents une allocation enfant handicapé avec un taux d'incapacité de 50 à 80%, cet élément révélant en tout état de cause une situation antérieure aux arrêtés attaqués. Enfin, l'ensemble des soignants accompagnant les enfants estiment qu'au regard de leurs troubles, une rupture de leur prise en charge leur serait préjudiciable. Il est par ailleurs noté que le Nigéria ne dispose pas de structures médicales ou socio-médicales susceptibles de prendre en charge ces enfants. Dès lors, en adoptant les arrêtés contestés à l'encontre des parents F et Bella, le préfet de la Haute-Savoie a méconnu l'intérêt supérieur de ces enfants tel qu'il résulte des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
5. Il résulte de ce qui précède que les arrêtés en litige doivent être annulés.
Sur les conclusions d'injonction :
6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des arrêtés attaqués implique nécessairement que le préfet de la Haute-Savoie délivre à M. B et Mme A, des titres de séjour temporaires. Par suite, il y a lieu de prescrire au préfet d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de délivrer aux requérants des autorisations provisoires de séjour dans un délai de huit jours.
7. En revanche les requérants n'ayant pas fait l'objet d'interdictions de retour sur le territoire français, ils n'ont pas été inscrits au fichier Schengen et les conclusions tendant à la suppression à l'effacement de leur signalement dans ce fichier doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8.M. B et Mme A ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Labarthe Azébazé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à lui verser.
D E C I D E :
Article 1er :
Article 2 :
M. B et Mme A sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Les arrêtés du 10 avril 2024 du préfet de la Haute-Savoie sont annulés.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de délivrer à M. B et Mme A, des titres de séjour temporaires dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de leur délivrer des autorisations provisoires de séjour dans un délai de huit jours.
Article 4 :L'Etat versera à Me Labarthe Azébazé la somme de 1 300 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à la part contributive versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme E A, à Me Labarthe Azébazé et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Portal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
J. Holzem
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403356 ; 2403357
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026