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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403424

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403424

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. B A , représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an.

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sans délai son dossier , de lui délivrer un titre de séjour et dans l'attente de l'instruction de son dossier de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français la décision :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français la décision :

- méconnaît les articles L 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de M. A et de M. C, interprète par téléphone en langue pakistanaise dialecte URDU

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité pakistanaise est entré en France le 3 juin 2023. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 9 août 2023. La Cour nationale du droit d'asile a le 8 mars 2024 rejeté son recours contre cette décision pour irrecevabilité. Par l'arrêté du 25 avril 2024, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. M. A fait valoir qu'il réside chez sa sœur et son beau-frère qui ont un enfant. Toutefois l'entrée en France de M. A récente. Il est célibataire sans enfant à charge. Il n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il conserve nécessairement des attaches personnelles et sociales. M. A ne peut se prévaloir d'aucune intégration ni insertion professionnelle particulière en France. Ainsi, eu égard notamment aux conditions et à la durée de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision en méconnaissance l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés.

Sur la fixation du pays de destination

4. M. A fait valoir qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine où il serait menacé au motif qu'il est issu d'un couple mixte sa mère étant sunnite et son père étant chiite. Il soutient avoir soutenu sa sœur qui s'opposait au mariage organisé par sa mère avec le fils de leur oncle paternel. Il fait valoir qu'il a aidé sa sœur à se marier clandestinement avec M. E de religion chiite. Sa sœur, son mari et lui-même aurait alors été agressés par son oncle. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément permettant de corroborer les faits qu'il allègue, alors que sa demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes. Il n'est par suite pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français la décision :

5. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie indique que si M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet auparavant de mesures d'éloignement son entrée sur le territoire est récente, il ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens sur le territoire national alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les articles L 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

Le magistrat désigné,

S. D La greffière,

A. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403424

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