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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403558

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403558

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I / Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, sous le n° 2403558, Mme B C, représentée par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant refus de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- la préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation au regard des conditions posées à l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît les articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le préfet a omis de statuer sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé ;

- son état de santé justifie la délivrance d'un titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2024.

II / Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, sous le n° 2403575, M. A D, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant refus de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- la préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation au regard des conditions posées à l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît les articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le préfet a omis de statuer sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé ;

- son état de santé justifie la délivrance d'un titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme C, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 2 mars 2019 à l'âge de 39 et 32 ans et ont sollicité l'asile qui leur a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 septembre 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile le 19 décembre 2019. Mme C a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade le 19 juin 2019. Elle et son époux ont fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 7 octobre 2019. Leurs recours contre ces mesures d'éloignement ont été rejetés par le tribunal administratif de Grenoble le 12 décembre 2019, puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 16 avril 2020. Leurs demandes de réexamen de leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, respectivement le 24 août 2020 et le 3 février 2020. Leurs demandes de protection contre l'éloignement pour raisons médicales formées le 2 avril 2021 ont donné lieu, suite à un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indiquant que chacun des intéressés peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, à une confirmation de l'obligation de quitter le territoire français le 19 juillet 2021. M. D a alors fait l'objet de nouvelles obligations de quitter le territoire français le 5 octobre 2021 et le 29 septembre 2022, contre lesquelles ses recours ont été rejetés par jugements du tribunal administratif du 12 octobre 2021 et du 6 octobre 2022. Quant à Mme C, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 31 janvier 2023. Enfin, après avoir sollicité leur admission exceptionnelle au séjour, les requérants ont fait l'objet de deux nouveaux arrêtés du 2 avril 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, dont ils demandent l'annulation.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2403558 et 2403575, présentées par Mme C et M. D, concernent la situation d'un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la fille des requérants, Mariami D, née le 11 août 2009, est entrée sur le territoire français à l'âge de 9 ans. Elle est scolarisée en France depuis l'année 2019-2020. Elle s'est bien intégrée dans la société française, ainsi qu'en attestent ses professeurs qui soulignent, outre sa bonne maîtrise de la langue, son engagement, sa détermination et sa persévérance pour s'adapter à son nouvel environnement, ainsi que ses bons résultats scolaires. Agée de 14 ans à la date de la décision attaquée, elle a nécessairement constitué durant ses cinq années de présence en France le cercle de ses relations sociales et personnelles tandis que ses attaches avec son pays d'origine se sont à l'inverse distendues. Dans ces circonstances, les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. D et à Mme C et leur faisant obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'intérêt supérieur de leur enfant. Les requérants sont dès lors fondés à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens des requêtes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Haute-Savoie délivre à M. D et à Mme C un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Mme C et M. D étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Djinderedjian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Djinderedjian de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet de la Haute-Savoie du 2 avril 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de délivrer à M. D et à Mme C un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Djinderedjian, avocate de M. D et Mme C, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le président rapporteur,

V. L'HÔTE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

G. LEFEBVRELa greffière,

A. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403558, 2403575

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