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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403594

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403594

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, M. D, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour étranger malade dans un délai de deux mois, et dans l'attente, un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la demande de communication des motifs de la décision implicite est restée sans réponse, l'article R. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est ainsi méconnu ;

- la décision méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il remplit toujours les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation du requérant ;

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère le 28 mai 2024 qui n'a pas répliqué.

Par ordonnance du 10 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- et les observations de Me Huard, représentant M. D ; le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais né le 12 septembre 1982 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), est arrivé en France en août 2020 selon ses déclarations et le préfet de l'Isère lui a accordé un titre de séjour d'un an, valable du 3 mars 2023 au 2 mars 2024 en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a demandé le renouvellement de ce titre de séjour le 30 décembre 2023 à travers le téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a accusé réception de cette demande par une confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Cette demande étant restée sans réponse à l'issue du délai de 4 mois prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. D a estimé avoir fait l'objet d'un refus implicite de renouvellement et a demandé communication au préfet de l'Isère des motifs de ce refus par un courrier du 23 mai 2024, resté également sans réponse.

Sur les concluions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. Il résulte des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le silence gardé par l'autorité administrative au terme d'un délai de 4 mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. M. D est ainsi fondé à soutenir que le silence gardé par le préfet de l'Isère sur sa demande a fait naitre une décision implicite de rejet à l'issue du délai de 4 mois, soit le 1er mai 2024. M. D a saisi le préfet de l'Isère d'une demande de communication de motifs par courrier du 23 mai 2024, resté sans réponse à l'issue du délai d'un mois prévu à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite, alors que la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour doit être motivée en application de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration, est fondée et doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision implicite du préfet refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade.

Sur l'injonction :

5. Le motif d'annulation retenu au point 3 implique seulement que le préfet réexamine la demande de M. D. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère, ou à tout préfet territorialement compétent, de statuer sur la demande du requérant par une décision explicite dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente décision. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais du procès :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à Me Huard, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er :La décision implicite du préfet de l'Isère est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de M. D et de statuer par une décision explicite dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 :L'Etat versera la somme de 1000 euros à Me Huard en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B E, première-conseillère,

- Mme C A, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. E

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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