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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403704

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403704

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHABAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, M. B C, représenté par Me Chabal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 24-260303 du 22 avril 2024 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 50 euros ou, à défaut de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de l'avis médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet de la Drôme s'est mépris sur l'étendue de sa propre compétence ;

- les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale la mesure d'éloignement ;

- la mesure d'assignation à résidence est entachée d'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision désignant le pays de destination est entachée d'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Letellier a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant marocain âgé de 60 ans, a sollicité le 10 novembre 2023 la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 22 avril 2024, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

4. Par un arrêté du 14 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de la Drôme a donné à M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture, délégation pour signer toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Le préfet ayant produit l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ainsi que le bordereau de transmission dudit avis permettant de retenir que le rapport médical a été établi par le docteur A qui n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII, le moyen tiré du vice de procédure entachant le refus de titre de séjour contesté doit être écarté dans ses deux branches.

7. M. C souffre de plusieurs pathologies, dont des éventrations abdominales qui ont déjà été soignées en France, des douleurs dorsales et épigastriques, des kystes rénaux et de la tension. Les indications figurant sur les certificats médicaux produits par M. C n'infirment pas l'avis des médecins de l'OFII rendu le 6 octobre 2023 qui ont estimé que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, un traitement est effectivement disponible dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par le refus en litige, des dispositions citées au point 4 doit donc être écarté.

8. Si l'avis des médecins de l'OFII ne lie pas l'autorité compétente pour statuer sur la demande de titre de séjour, rien ne l'oblige à s'en écarter. A cet égard, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Drôme se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII, et aurait ainsi méconnu sa propre compétence en s'en appropriant les motifs.

9. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10. Il est vrai que M. C a passé une partie de sa vie en France depuis 1979 jusqu'à décembre 2020 puisqu'il a travaillé en qualité de travailleur saisonnier comme ouvrier agricole à raison de six mois par an. Toutefois, M. C est isolé et en situation précaire en France tandis qu'il conserve des attaches fortes au Maroc où résident son épouse et ses quatre enfants. En outre, M. C qui a déjà été soigné en France peut continuer à bénéficier d'un traitement au Maroc. Enfin, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, prononcée le 16 mars 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, mesure qu'il n'a pas exécutée, ce qui n'est pas le gage d'une bonne insertion dans la société française. Dans ces conditions, le préfet de la Drôme n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

12. La mesure d'éloignement n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait été assigné à résidence. Par conséquence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dirigé contre l'assignation à résidence doit être écarté comme inopérant.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 avril 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées, de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Chabal et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

C. Letellier

Le président,

M. SauveplaneLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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