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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2403935

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403935

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 et 19 juin 2024, la société Blampey Sas, représentée par son président, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

- au titre des mesures provisoires, de suspendre la procédure de passation du marché et d'ordonner à la mairie de Chambéry de se conformer à ses obligations de communication des motifs et méthodes de notation ayant conduit au rejet de son offre ;

- d'effectuer à nouveau le classement des offres au regard des critères explicités ;

- au titre des mesures définitives, d'annuler, le cas échéant, la décision de la mairie de Chambéry en date du 28 mai 2024 d'écarter son offre.

La société Blampey Sas soutient :

- qu'elle est recevable et bien fondée à agir ; elle justifie d'un intérêt lésé ;

- la procédure formalisée en marché public indique que l'acheteur doit fournir les caractéristiques et avantages de l'offre retenue au candidat dont l'offre a été rejetée s'il en fait la

demande (articles R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique) ; les écarts constatés en faveur de la société Gillet sur les critères moyens humains +2, sécurité +4, et environnement +2, ne constituent pas des explications sur les caractéristiques et avantages de l'offre de cette société mais simplement des notes ;

- sur le critère prix, elle n'a pas eu d'explications sur la méthode de calcul ; or, la méthode de notation peut être entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, elle est de nature à priver de leur portée les critères de sélection ou à neutraliser leur pondération et, de ce fait, susceptible de conduire, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie ; il existe une méthode de calcul linéaire qui aurait pu accentuer l'écart de prix entre l'entreprise Gillet et la société Blampey et rendre le critère de prix plus pertinent dans la note globale.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 17 et 21 juin 2024, la ville de Chambéry, représentée par son maire en exercice, ayant pour avocat Me Laurent, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, la société Gillet, représentée par son Président en exercice, ayant pour avocat Me Tissot, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 juin 2024 ont été entendus :

- le rapport de M. Vial-Pailler, juge des référés ;

-les observations de M. A pour la société requérante

- les observations de Me Laurent, représentant la ville de Chambéry ;

- les observations de Me Tissot, représentant la société Gillet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours de l'année 2024, la Ville de Chambery a décidé d'initier une consultation selon la procédure de l'appel d'offres ouvert soumise aux dispositions des articles R. 2124-1 et R. 2124-2 du code de la commande publique pour l'attribution du marché public relatif aux travaux de rénovation énergétique et travaux connexes du bâtiment Paul Bert. Ce marché public comprend 15 lots, dont un lot n°14 dénommé " chauffage ventilation climatisation / plomberie ". La société Blampey Sas a déposé une offre pour le lot n°14 pour un prix de 520 126,96 euros HT. Suivant un courrier du 28 mai 2024, la Ville de Chambery l'a informée que son offre avait été classée en deuxième position avec une note globale de 86,00/100 sur la base des critères visés au règlement de consultation. La société Blampey Sas a été également avisée de ce que le marché avait été attribué à la société Gillet, dont l'offre avait été jugée économiquement la plus avantageuse avec une note de 88,98/100 correspondant à l'offre de base. La société Blampey Sas demande l'annulation de la procédure de passation du marché et de la décision de la mairie de Chambéry en date du 28 mai 2024 d'écarter son offre, d'ordonner à la mairie de Chambéry de se conformer à ses obligations de communication des motifs et méthodes de notation ayant conduit au rejet de son offre et d'effectuer à nouveau le classement des offres au regard des critères du marché.

Sur les conclusions avant-dire-droit :

2. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code, applicable aux marchés passés selon une procédure formalisée : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : 1°Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1. ". Aux termes de l'article R. 2181-4 du même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : 1° Lorsque les négociations ou le dialogue ne sont pas encore achevés, les informations relatives au déroulement et à l'avancement des négociations ou du dialogue ; 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue. ".

3. La société requérante a été informée par une lettre du 28 mai 2024, du rejet de son offre, classée en deuxième position avec une note globale de 86 /100, addition des notes de 40 au titre du critère prix, de 22 au titre du critère valeur technique, et de 24 au titre du critère performance en matière de protection de l'environnement, du choix de l'offre de la société Gillet, dont l'offre a été jugée économiquement la plus avantageuse avec une note de 88,98/100 pour un montant de 549 840,26 HT correspondant à l'offre de base, la prestation supplémentaire éventuelle n'ayant pas été retenue. Elle a été, également, informée des notes obtenues par elle et le candidat retenu au titre des sous-critères du critère valeur technique noté sur 30 et décomposé ainsi : les moyens humains notés sur 10, la sécurité notée sur 10 et la qualité notée sur 10, des sous-critères du critère performance en matière de protection de l'environnement noté sur 30 et décomposé ainsi : l'environnement noté sur 10 et le chantier propre noté sur 20. Ainsi, les motifs du rejet de l'offre et du choix de l'attributaire peuvent se déduire de la simple mention des notes attribuées à l'un et à l'autre sur chacun des critères et items d'appréciation de ces critères. Par suite, la requérante, qui a obtenu les motifs de rejet de son offre, les caractéristiques et les avantages relatifs de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché, n'est pas fondée à invoquer une méconnaissance par commune de Chambéry des dispositions rappelées au point 2.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements de l'entité adjudicatrice à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2124-2 du code de la commande publique : " L'appel d'offres, ouvert ou restreint, est la procédure par laquelle l'acheteur choisit l'offre économiquement la plus avantageuse, sans négociation, sur la base de critères objectifs préalablement portés à la connaissance des candidats. ". Aux termes de l'article R. 2124-2 du même code : " L'acheteur choisit librement entre les formes d'appel d'offres suivantes : 1o L'appel d'offres ouvert lorsque tout opérateur économique intéressé peut soumissionner ; () ".

6. Aux termes de l'article 1.2 - Mode de passation - du règlement du marché en cause : " La procédure de passation utilisée est : l'appel d'offres ouvert. Elle est soumise aux dispositions des articles L. 2124-2, R. 2124-2 1° et R. 2161-2 à R. 2161-5 du code de la commande publique. () ". Aux termes de son article 8.2 - Attribution des marchés : " Le jugement des offres sera effectué dans les conditions prévues aux articles L.2152-1 à L.2152-4, R. 2152-1 et R. 2152-2 du Code de la commande publique et donnera lieu à un classement des offres. Les critères retenus pour le jugement des offres sont pondérés de la manière suivante : Pour tous les lots

CritèresPondérationPrix des prestations40%

Valeur technique :

Moyens humains

Sécurité

Qualité

30%

10%

10%

10%Performances en matière de protection de l'environnement :

Environnement

Chantier propre

30%

10%

20%

Chaque candidat se verra attribuer une note globale sur 100. La pondération de chaque critère correspond au nombre de points maximum pouvant être obtenus par le candidat. La pondération de chaque sous-critère correspond au nombre de points maximum pouvant être obtenus par le candidat. () ".

7. D'une part, pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où l'acheteur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, l'information appropriée des candidats doit alors porter également sur les conditions de mise en œuvre de ces critères. Il appartient à l'acheteur d'indiquer les critères d'attribution du marché et les conditions de leur mise en œuvre selon les modalités appropriées à l'objet, aux caractéristiques et au montant du marché concerné. En outre, si l'acheteur décide, pour mettre en œuvre ces critères de sélection des offres, de faire usage de sous-critères, il doit porter à la connaissance des candidats leurs conditions de mise en œuvre dès lors que ces sous-critères sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence, être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection. En revanche, l'acheteur n'est pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres.

8. D'autre part, l'acheteur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.

9. En premier lieu, la société requérante soutient qu'elle n'a pas eu d'explications sur la méthode de calcul du critère prix. Toutefois, les dispositions du règlement de marché rappelées au point 6 démontrent que la société Blampey a disposé d'une information appropriée sur les conditions de mise en œuvre des critères et des sous-critères susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection. De même, la pondération du critère prix était clairement exposée.

10. Par ailleurs, la société requérante soutient que la méthode de notation du critère du prix aurait été de nature à priver d'effet ce critère et sa pondération à hauteur de 40 %. Toutefois, il résulte de l'instruction que la méthode de notation strictement proportionnelle des offres, par l'attribution de la note maximale au candidat ayant présenté la meilleure offre, pour chacun des critères, et l'attribution d'une note aux autres candidats en fonction d'une règle de trois : 40*(offre mieux disante/offre notée), n'est pas de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. L'application de cette méthode de notation n'a pas non plus eu pour effet de modifier la pondération des critères et sous-critères eux-mêmes, dont les candidats avaient été informés.

11. D'autre part, la société Blampey soutient qu'un écart de prix inférieur de 74 700 euros la sépare de l'offre retenue, que la note de prix de Blampey est de 40 contre 35, soit un avantage uniquement de 5 points sur ce poste alors que la différence de notation en faveur de la société Gillet sur les critères techniques n'est que de 2 s'agissant du sous-critère Moyens humains, de 4 sur le sous-critère Sécurité, et de 2 sur le sous-critère Environnement du critère Performances en matière de protection de l'environnement. Toutefois, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par l'acheteur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Blampey n'est pas fondée à demander, d'une part, l'annulation de la procédure de passation du marché et de la décision de la mairie de Chambéry en date du 28 mai 2024 d'écarter son offre, et, d'autre part, qu'il soit ordonné à la mairie de Chambéry de d'effectuer à nouveau le classement des offres au regard des critères du marché.

Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ville de Chambéry, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la société requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la ville de Chambéry et la société Gillet tendant à l'application de ces dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société Blampey est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la ville de Chambéry et la société Gillet au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Blampey, à la ville de Chambéry et à la société Gillet.

Fait à Grenoble, le 2 juillet 2024.

Le juge des référés, Le greffier,

C. VIAL-PAILLER G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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