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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404056

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404056

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAHMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 et 28 juin 2024, M. A B, représenté par Me Ahmed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet, de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de délivrance d'un récépissé lors du dépôt de sa demande de titre de séjour en préfecture ;

- a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la plateforme du service main-d'œuvre étrangère (MOE) et de la commission du titre de séjour ;

- est entaché d'une insuffisance d'examen de sa situation, le préfet devait faire application de la loi du 26 janvier 2024 et instruire la demande de titre sur le fondement des articles L. 435-1 à L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au besoin en lui adressant des formulaires complémentaires ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu du fait qu'il exerce un métier en tension ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- méconnaît les stipulations des articles 3, 9, 10 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire enregistré le 26 juin 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste les moyens soulevés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doulat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 22 août 1979 est entré pour la première fois en France le 3 août 2010 et a bénéficié de cartes de séjour de 3 ans en qualité de travailleur saisonnier délivrées en 2010, 2013, 2016 et 2019. Il est entré pour la dernière fois sur le territoire le 3 octobre 2020 et s'y est maintenu. Le 9 novembre 2023, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 14 mai 2024, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, la décision énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Savoie s'est fondé. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si M. B fait valoir que la préfecture de la Savoie ne lui a pas délivré de récépissé lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, cette circonstance à la supposer établie est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite le moyen tiré d'une irrégularité de procédure résultant du défaut de délivrance d'un récépissé est inopérant et doit être écarté.

4. En troisième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié en vertu des dispositions de l'article 3 de l'accord. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 visées ci-dessus, ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir d'appréciation. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-4 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de la Savoie n'était pas tenu, comme le prétend le requérant, d'examiner sa demande au regard de l'article L. 435-4 du même code. Le préfet de la Savoie n'était pas davantage tenu d'examiner tous les motifs susceptibles de fonder la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024, ces dispositions expérimentales n'étant applicables dans le département de la Savoie. Enfin, après avoir dûment écarté l'application des dispositions de l'article L. 435-1, le préfet a fait usage de son pouvoir général d'appréciation pour examiner le droit à régularisation du requérant et de sa famille au regard de sa vie privée et familiale et de son activité salariée. Il n'était cependant tenu par aucun texte de saisir pour avis la plateforme main d'œuvre étrangère (MOE). Par suite, le moyen tiré d'un examen insuffisant de la situation de M. B doit être écarté en toutes ses branches, de même que le moyen tiré du vice de procédure faute de saisine de la plateforme MOE.

7. En cinquième lieu, si M. B soutient être présent sur le territoire français depuis plus de 10 ans, les preuves de sa présence continue et effective sur le territoire sont insuffisantes notamment au titre des années 2014, 2015, 2016 et 2017. L'intégration professionnelle dont il se prévaut ne résulte que de contrats saisonniers ne lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France que pendant la ou les périodes d'activité d'une durée cumulée de six mois maximum par an, en lui imposant de maintenir sa résidence habituelle dans son pays d'origine. Si M. B produit des fiches de paye à compter de 2020, cette activité professionnelle exercée sans autorisation ne saurait suffire. Enfin, le requérant n'établit pas une insertion sociale et amicale particulière dans la société malgré la durée de sa présence séjour en France dont il se prévaut. La seule scolarisation de ses deux enfants âgés de 9 et 5 ans est insuffisante pour regarder le requérant comme ayant établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Au regard de la nationalité commune de M. B, de son épouse en situation irrégulière et de leurs enfants, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc. Ainsi, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de la vie privée et familiale ou au regard de sa situation professionnelle, le préfet de la Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En sixième lieu, comme rappelé au point précédent, M. B et son épouse sont en situation irrégulière sur le territoire. Rien ne fait obstacle à ce que les membres de la famille de M. B, qui sont de même nationalité, poursuivent leur vie au Maroc ou dans tout autre pays dans lequel ils seraient admissibles et que les enfants y poursuivent leur scolarité. Dans ces circonstances, l'arrêté ne porte ni une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B ni une atteinte excessive à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3, 9, 10 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doivent être écartés.

9. En septième et d'une part, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour pour avis que dans les cas où il envisage de refuser un titre de séjour à un étranger qui en remplit effectivement les conditions, ce qui n'est pas le cas de M. B ainsi qu'il a été dit. D'autre part, le préfet doit également saisir ladite commission lorsqu'il envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Or, comme exposé précédemment M. B n'établit pas cette durée de présence en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ahmed et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. Doulat

La présidente,

A. TrioletLe greffier,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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