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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404089

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404089

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 1
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, Mme A représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays dont elle a la nationalité comme pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'un vice de procédure faute de preuve de l'existence d'un avis des médecins de l'OFII ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;

- méconnait la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le et a fixé le pays de destination :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Huard, représentant Mme A,

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise, déclare être entrée en France le 20 avril 2023 sans en apporter la preuve. Après consultation du fichier Eurodac, elle a fait l'objet d'une procédure Dublin. Après consultation des autorités italienne il est apparu qu'elle était connue par lesdites autorités sous le nom de A D B et qu'elle bénéficiait déjà de la protection subsidiaire. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a pour ce motif rejeté sa demande d'asile comme étant irrecevable. Mme A a saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 22 mai 2024 le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays dont elle a la nationalité comme pays de renvoi. Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.

4. D'une part, il ressort des pièces produites en défense par le préfet de l'Isère qu'un avis du collège de médecins de l'OFII a été émis le 11 décembre 2023 concernant l'état de santé de Mme A. Le collège était composé de trois médecins de l'OFII dûment désignés par le directeur général de l'Office. L'avis a été rendu au vu d'un rapport établi par un médecin non membre de ce collège.

5. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

6. En l'espèce l'OFII a dans son avis rendu le 11 décembre 2023 estimé que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le préfet de l'Isère a considéré que Mme A bénéficiant d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes au titre de la protection subsidiaire elle n'avait pas vocation à retourner dans son pays d'origine et qu'en conséquence l'avis rendu n'avait pas de valeur probante sur son droit au séjour. Toutefois la protection subsidiaire dont bénéficie Mme A n'est valide que jusqu'au 15 juin 2026. Le préfet de l'Isère ne pouvait par suite pas estimer que Mme A n'avait pas vocation en tout état de cause à retourner dans son pays d'origine. Par ailleurs Mme A produit un certificat médical en date du 6 mai 2024 du Pr E qui indique que " malgré un bon contrôle de la maladie liée au VIH " la patiente " reste très symptomatique et qu'il faudrait réaliser un test d'effort avec mesure des gaz expirés pour essayer de trouver une ou plusieurs explications à la dyspnée alléguée ". Le préfet de l'Isère ne pouvait par suite pas considérer, sans consulter l'OFII sur cet élément nouveau, que Mme A ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mai 2024 du préfet de l'Isère en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, implique seulement que le préfet de l'Isère réexamine la situation de Mme A au regard du motif d'annulation retenu. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de doter dans l'attente Mme A d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

9. Sous la double réserve que Mme A soit définitivement admise à l'aide juridictionnelle et que Me Huard renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 800 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Isère du 22 mai 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification de jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous la double réserve que Mme A soit définitivement admise à l'aide juridictionnelle et que Me Huard renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros est mise à la charge de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. C La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404089

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