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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404152

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404152

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 7
Avocat requérantDELCADE AVOCATS & SOLICITORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 novembre 2021 et 26 juin 2023, la SAS L'Immobilière Groupe Casino, représentée par Me Meier et Me Valeteau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 dans les rôles de la commune de Seynod ;

2°) d'ordonner la restitution des sommes indûment versées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- sa demande ne se heurte pas à l'autorité de la chose jugée dans d'autres instances ;

- la délibération ayant fixé le taux de la taxe pour 2015 méconnaît les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères perçue au titre de l'année 2015 excède de 23,03 % le coût du traitement des déchets, qui représente 80 % du coût global du service, diminué des recettes non fiscales affectées à ce service ;

- la communauté d'agglomération du Grand Annecy ne rapporte pas la preuve que la part des déchets non ménagers dont le traitement a été financé par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ne représentait que 7,58 % ;

- le taux de l'année 2014 ne peut être substitué dès lors qu'il est lui-même disproportionné, s'élevant à 23,39 % ;

- les conclusions présentées par la communauté d'agglomération du Grand Annecy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables dès lors que cette collectivité n'a pas la qualité de partie à l'instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le taux, qui s'élève à 6,70 %, n'est pas manifestement disproportionné ;

- les données sur lesquelles s'appuie la société requérante pour prétendre que le coût global du service couvrirait à hauteur de 20 % le traitement des déchets non ménagers, ne sont pas probantes ;

- à titre subsidiaire, la demande de décharge doit être rejetée par application du taux fixé au titre de l'année 2014 sur le fondement des dispositions du III de l'article 1639 A du code général des impôts, dès lors que ce taux, qui s'est élevé à 6,86 %, n'était pas lui-même disproportionné.

Par un mémoire enregistré le 4 août 2022, la communauté d'agglomération du Grand Annecy, représentée par Me Rignault, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit substitué au taux de l'année 2015 celui de l'année précédente, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été présentée dans le délai raisonnable d'un an suivant le rejet implicite de la réclamation préalable ;

- elle est irrecevable du fait de l'autorité de la chose jugée par le tribunal administratif de Grenoble dans deux jugements du 5 juillet 2019, n° 1701235 et 1701236 ;

- les recettes prévisionnelles étaient en quasi équilibre par rapport aux dépenses du service diminuées du montant des recettes non fiscales ;

- les données sur lesquelles s'appuie la société requérante pour prétendre que le coût global du service couvrirait à hauteur de 20 % le traitement des déchets non ménagers, ne sont pas probantes ;

- en retenant que la part des déchets non ménagers financés par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères représente 7,58 %, le taux de l'excédent s'élèverait à 9,48 % et ne serait pas en tout état de cause disproportionné ;

- à titre subsidiaire, il conviendra de substituer le taux fixé au titre de l'année 2014 sur le fondement des dispositions du III de l'article 1639 A du code général des impôts.

Par un jugement n° 2107402 du 17 juillet 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de la SAS L'Immobilière Groupe Casino.

Par un arrêt n° 483670 du 11 juin 2024, le Conseil d'Etat a annulé le jugement du 17 juillet 2023 et renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Grenoble.

Par une ordonnance du 13 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 août 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut à la même fin que ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Il soutient en outre que la part des déchets non ménagers financés par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères doit être évaluée à 7,58 %, ce qui conduit à un taux d'excédent de 3,229 % qui n'est pas disproportionné.

Par un mémoire, enregistré le 5 août 2024, la communauté d'agglomération du Grand Annecy conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS L'Immobilière Groupe Casino a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2015 à raison de locaux situés avenue d'Aix-les-Bains et chemin de Périaz à Seynod (Haute-Savoie). Elle a contesté ces impositions par une réclamation du 20 décembre 2016 qui a été implicitement rejetée. Par une requête enregistrée le 3 novembre 2021, elle a demandé au tribunal de prononcer la décharge des impositions en cause. Le magistrat désigné par le président du tribunal a rejeté sa demande par un jugement du 17 juillet 2023. Par un arrêt du 11 juin 2024, le Conseil d'Etat a annulé ce jugement et renvoyé l'affaire au tribunal.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes des dispositions du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans leur rédaction applicable aux impositions en cause : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ". La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir, les dépenses exposées par la commune pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Il en résulte que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant ce taux.

3. Ainsi, il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, que la collectivité ait ou non institué la redevance spéciale prévue par l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et quel qu'en soit le produit, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des seuls déchets ménagers, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, c'est-à-dire n'incluant pas le produit de la redevance spéciale lorsque celle-ci a été instituée.

4. Au cas d'espèce, il résulte de l'instruction que le montant prévisionnel des dépenses réelles de fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets, tel qu'il ressort du budget annexe primitif de l'année 2015, s'élevait à 16 692 550 euros et que les dotations aux amortissements représentaient la somme de 1 160 000 euros, soit un total de 17 852 550 euros. S'il n'est pas sérieusement contesté que le coût du service tel qu'il ressort de ce budget primitif comprenait en partie des dépenses de collecte et de traitement de déchets non ménagers, aucune des parties n'a versé à l'instance d'élément permettant d'en déterminer avec exactitude le montant, bien que la décision du Conseil d'Etat du 11 juin 2024 ayant annulé le jugement du 17 juillet 2023 leur a permis de présenter utilement des observations sur ce point. Néanmoins, la SAS L'Immobilière Groupe Casino soutient que cette part devrait être évaluée à 20 %. Elle s'appuie cependant, pour soutenir cette évaluation, sur des rapports de la Cour des comptes, de l'association Amorce et de l'ADEME qu'elle ne produit pas à l'instance et dont elle n'établit pas, en se bornant à reproduire de courts extraits, que leur estimation serait représentative de la part effectivement prise en charge par le service de traitement des déchets géré par la communauté d'agglomération du Grand Annecy au cours de l'année 2015. A l'inverse, la communauté d'agglomération du Grand Annecy produit à l'instance une note du 15 juin 2022 émanant de son président et adressé au directeur départemental des finances publiques, indiquant que la part des déchets non ménagers pris en charge par le service de collecte et de traitement des déchets s'élevait à 7,58 %. Cette note s'appuie sur des données chiffrées ressortant des conditions d'exploitation du service, qui ne sont pas discutées par la société requérante, de sorte que l'évaluation proposée peut être regardée comme suffisamment circonstanciée et justifiée. Dès lors et à défaut d'élément plus précis, la part du coût global du service représentée par les dépenses de collecte et de traitement des déchets non ménagers doit être évaluée à 7,58 %. Il suit de là que le coût de traitement des seuls déchets ménagers, tel qu'il était estimé, s'est élevé à 16 499 326 euros. Les recettes de fonctionnement du service représentaient une somme de 17 852 550 euros, comprenant un produit de taxe de 14 168 558 euros, et un produit des autres recettes de 3 683 992 euros, dont il y a lieu d'exclure les produits exceptionnels d'un montant de 12 720 euros, qui ne revêtent pas un caractère récurrent, et le montant de la redevance spéciale de 900 000 euros, soit des recettes non fiscales de 2 771 272 euros. Ainsi, les dépenses du service non couvertes par des recettes non fiscales s'élevaient à la somme estimée de 13 728 054 euros. L'excédent du produit de la taxe par rapport aux dépenses du service non couvert par des recettes non fiscales représentait dès lors une somme de 440 504 euros, soit environ 3,20 % des charges à couvrir. Un tel taux n'est pas manifestement disproportionné.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité, que la SAS L'Immobilière Groupe Casino n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 dans les rôles de la commune de Seynod.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la SAS L'Immobilière Groupe Casino et non compris dans les dépens. La communauté d'agglomération du Grand Annecy, qui n'a pas la qualité de partie à l'instance, n'est pas recevable à demander l'octroi d'une somme au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS L'Immobilière Groupe Casino est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS L'Immobilière Groupe Casino, au directeur départemental des finances publiques de l'Isère et à la communauté d'agglomération du Grand Annecy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240415

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