jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404353 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KUMMER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 18 juin 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Grenoble la requête de M. A C, enregistrée le 14 juin 2024.
Par cette requête et un mémoire du 12 août 2024, M. C, représenté par Me Kummer, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est :
o signée par une autorité incompétente ;
o entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o entachée d'une erreur de droit car il remplit les conditions d'obtention d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale " au titre de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
o entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
o entachée d'une méconnaissance du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne constitue pas une menace actuelle à l'ordre public ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;.
- la décision fixant le pays de destination est :
o signée par une autorité incompétente ;
o insuffisamment motivée ;
o entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
o entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,
- et les observations de Me Kummer, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, né en 1990, expose qu'il est entré en France en 2013 et qu'il est parent de deux enfants français, B, né en 2014 et Arsem, né en 2020, issus de deux relations différentes. Il est bénéficiaire, selon ses affirmations, depuis 2015 de titres de séjour dont le dernier, valable un an, lui a été délivré par le préfet de l'Isère le 26 avril 2022. En ayant demandé le renouvellement, il a reçu consécutivement des récépissés de demande de titre de séjour, dont le dernier était valable jusqu'au 10 juin 2024. Suite à son interpellation, le 12 juin 2024, dans le cadre d'un contrôle d'identité, le préfet du Var, par un arrêté du même jour, ayant constaté l'irrégularité de son séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
4. M. C a été condamné le 29 octobre 2014 par le tribunal correctionnel de Toulon à une peine d'emprisonnement de quatre mois avec mandat de dépôt à l'audience pour violences suivie d'incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint ou concubin. Il a également été condamné le 8 août 2016 par le tribunal correctionnel du Havre à une peine d'emprisonnement de six mois avec mandat de dépôt à l'audience pour violences habituelles n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours par personne étant ou ayant été conjoint ou concubin en récidive, menace de mort réitérée, et usage illicite de stupéfiants. Enfin, il a été condamné le 27 septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Grenoble à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, pour envois réitérés de messages malveillants émis par la voie des communications électroniques à une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C, ainsi qu'il a été dit plus haut, est le père de deux enfants français. Il ne conteste pas que le lien avec le second enfant et sa mère est pour l'heure rompu. Pour autant, il établit par les pièces qu'il produit opérer régulièrement des virements de 250 euros par mois à destination de cette dernière. Il envoie également régulièrement depuis 2022 des virements de 60 euros par mois à la mère de son premier enfant. Il produit divers billets d'avion ou de train achetés pour son fils B avec qui il a passé régulièrement des vacances en France ou en Tunisie. La mère de ce dernier a rédigé plusieurs attestations confirmant que M. C participait à l'entretien et l'éducation de son fils, et qu'il le prenait régulièrement en charge pendant les périodes de vacances scolaires. La teneur de ces attestations circonstanciées est également confirmée par celles produites par les frères de M. C, dont deux vivent régulièrement en France. M. C justifie ainsi d'un lien solide et intense avec le premier de ses deux enfants. Par ailleurs, M. C produit un rapport du service d'insertion et de probation daté du 31 juillet 2024 dont il ressort qu'il accomplit régulièrement les obligations auxquelles il a été condamné en 2022, notamment en assurant mensuellement des versements en réparation du préjudice causé à la mère de son second enfant. Enfin, M. C justifie avoir travaillé et bénéficié de revenus réguliers depuis 2021 en particulier en produisant des bulletins de salaire d'une entreprise d'intérim. Dans ces circonstances, M. C est fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse aura pour effet de rompre le lien qu'il entretient avec son premier enfant, privant ainsi ce dernier de la présence de son père. Il est par ailleurs fondé à soutenir, compte tenu de la durée de sa présence en France, des liens familiaux qu'il y possède et de son intégration professionnelle, que cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que le préfet du Var a ainsi méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à demander l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
5. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
6. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse implique par voie de conséquence également l'annulation de la décision refusant d'accorder à M. C un délai de départ volontaire et de celle fixant le pays de destination qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de cette obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
8. Contrairement à ce qui est soutenu par M. C, l'annulation de la décision litigieuse n'implique pas que le préfet du Var lui délivre un titre de séjour. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour doivent ainsi être écartées.
9. Toutefois, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse implique nécessairement que les autorités compétentes de l'Etat réexaminent la situation de M. C et que, dans cette attente, ce dernier soit muni d'une autorisation provisoire de séjour. M. C déclarant résider en Isère, il y a lieu d'enjoindre au préfet de ce département de lui délivrer cette autorisation provisoire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de réexaminer la situation de M. C dans les deux mois suivants cette même notification.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
11. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Kummer peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros qui seront versés à Me Kummer
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :L'arrêté du 12 juin 2024 du préfet du Var est annulé.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de réexaminer la situation de M. C dans les deux mois suivants cette même notification.
Article 4 :L'Etat versera à Me Kummer une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Var.
Copie en sera délivré au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le président,
P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,
E. Beytout
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne aux préfets du Var et de l'Isère en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24043532
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026