mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404428 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, Mme A E, représentée par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de la Savoie a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 560 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme E soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- méconnaît son droit d'être entendu
- méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant un délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II. Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, M. B C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de la Savoie a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 560 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- méconnaît son droit d'être entendu
- méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des Droits de l'enfant
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant un délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Vial-Pailler, vice-président.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a entendu les observations de Me Huard, représentant les requérants.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, de nationalité congolaise, déclare être entrée sur le territoire français le 6 juillet 2022 afin d'y solliciter l'asile. Elle a fait l'objet d'un refus d'admission sur le territoire au titre de l'asile le 8 juillet 2022, décision confirmée par le tribunal administratif de Paris le 15 juillet 2022. Elle est rejointe par M. C le 30 novembre 2022 selon ses déclarations. Tous deux ont déposé une demande d'asile les 16 septembre et 20 décembre 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile par deux décisions du 23 décembre 2022 et du 22 mai 2023. Ces décisions ont été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 7 novembre 2023. Par deux arrêtés du 7 décembre 2023, le préfet de la Savoie les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an pour M. C et deux ans pour Mme D.
2. Par un jugement joint n°2308445 et n°2308446 du 1er février 2024, le tribunal administratif de Grenoble a annulé les décisions du 7 décembre 2023 fixant à trente jours la durée de départ volontaire et les décisions du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français et a enjoint au préfet de la Savoie de réexaminer la situation des requérants. Par deux nouveaux arrêtés du 6 juin 2024, dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Savoie les a obligés à quitter le territoire national dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
3. Les requêtes n°2404428 et n°2404432 concernent un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit jugé sur les requêtes de Mme E et M. C, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent les éléments de faits propres à la situation des requérants et les considérations de droit sur lesquels elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des exigences de motivation, codifiées à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. " Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. " Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. " Aux termes de l'article D. 431-7 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. " Aux termes de l'article L. 613-1 du code précité : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. " Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger mineur résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer lui et ses parents dans la catégorie des étrangers qui peuvent obtenir un titre de séjour, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
7. Lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, dont la démarche tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'il pourra le cas échéant faire l'objet d'un refus d'admission au séjour en cas de rejet de sa demande et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toutes observations complémentaires utiles. Le droit d'être entendu n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise à la suite du refus définitif de sa demande d'asile.
8. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger demandeur d'asile dispose d'un délai de trois mois à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile pour déposer une demande concomitante de titre de séjour en qualité d'étranger malade sauf dans le cas où la maladie n'avait pas été diagnostiquée à cette dernière date.
9. En l'espèce, les requérants font valoir que leur bébé, née le 27 mars 2024, souffre de " torticolis postural avec pour conséquence une plagiocéphalie G. " et qu'ils ont droit à un titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade.
10. Toutefois,il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture de la Savoie, ni qu'ils aient été empêchés de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la décision d'éloignement II ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'ils disposaient d'éléments pertinents tenant à leur situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens des décisions.
11. En particulier, Mme E et M. C n'établissent pas avoir déposé de demande d'autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'un étranger mineur malade en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions sont rappelées au point 6. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les requérants auraient fait part à l'autorité préfectorale d'éléments concernant l'état de santé de leur enfant, de sorte qu'ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Savoie aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen complet de leur situation personnelle. Ils ne démontrent pas que la situation de leur enfant présenterait des circonstances nouvelles de nature à leur permettre de déposer une demande d'admission au séjour après le délai de trois mois prévu à l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils n'établissent pas avoir informé le préfet de la gravité de ses pathologies, ce qui aurait dû conduire cette autorité à solliciter l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, alors même que le préfet de la Savoie démontre leur avoir envoyé une lettre le 7 février 2024 leur demandant de lui transmettre tout élément lui permettant de réexaminer leur situation. Par ailleurs, l'attestation de kinésithérapeute du 25 juin 2024, postérieure à la date de la décision attaquée, mentionne que l'enfant souffre d'une plagiocéphalie nécessitant des soins au moins jusqu'à l'âge de six mois voire douze mois en fonction de la récupération des amplitudes articulaires. Il ne peut être déduit de cette attestation que, hormis cette prise en charge par kinésithérapie, un autre traitement serait nécessaire. Les requérants ne démontrent pas davantage que l'état de santé de l'enfant nécessiterait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que leur enfant ne pourrait bénéficier en république démocratique du Congo d'un traitement approprié. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen sérieux de leur situation personnelle en s'abstenant de saisir le collège de médecin de l'OFII. De même, le moyen tiré de ce que les requérants auraient été privé du droit d'être entendu doit être écarté. Il en est de même des moyens tirés du défaut d'examen de la situation, du vice de procédure et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de l'état de santé de leur enfant.
12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. Ainsi qu'il a été dit au point 11, il n'est pas établi que la fille des requérants ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans leur pays d'origine. En outre, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet et pour effet de séparer les requérants de leurs enfants mineurs. Les requérants n'établissent pas que, compte tenu notamment de leur jeune âge, leurs enfants ne pourraient s'intégrer en République démocratique du Congo et poursuivre leur scolarité dans ce pays. Par suite, l'obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. Si Mme E et M. C soutiennent qu'ils ont créé des liens forts sur le territoire français, leur séjour est récent. Ils ne justifient d'aucune intégration particulière en France et leur vie privée et familiale pourra se poursuivre avec leurs très jeunes enfants en République démocratique du Congo. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant une obligation de quitter le territoire à leur encontre.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparait nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. "
16. Il résulte des décisions attaquées que le préfet de la Savoie a refusé d'accorder aux requérants un délai de départ volontaire supérieur à trente jours au motif que les intéressés ne feraient état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai supérieur leur soit accordé. Ces décisions sont suffisamment motivées.
17. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient demandé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et ils ne font état d'aucune circonstance justifiant un tel délai. En particulier, ainsi qu'il a été dit au point 11, les requérants ne justifient pas que l'état de santé de leur enfant aurait dû inciter le préfet de la Savoie à leur accorder un délai de départ volontaire plus long. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun, méconnaîtrait les dispositions précitées ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant d'accorder un délai de départ volontaire supérieur n'étant pas illégales, les requérants ne sont pas fondés à soulever, par la voie de l'exception, leur illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut pas excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
20. Il résulte de ces dispositions que le préfet peut assortir une obligation de quitter le territoire français accordant à l'étranger un délai de départ volontaire, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de cinq ans. Le prononcé et la durée de cette interdiction doivent être appréciés au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. En l'espèce, il ressort des décisions attaquées que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Savoie, après avoir visé l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que si les requérants ne représentent pas une menace à l'ordre public, ils sont entrés récemment en France et ne justifient d'aucun lien personnel et familial en France. Enfin, le préfet précise que Mme E a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le 23 juillet 2022. Dans ces circonstances, le préfet de la Savoie a correctement motivé ses décisions. Il n'apparaît pas que ces décisions seraient entachées d'un défaut d'examen complet et sérieux de la situation des requérants. Le préfet de la Savoie n'a pas non plus commis une erreur d'appréciation en prenant à l'encontre des requérants une interdiction de retour sur le territoire français limitée à deux ans.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :Mme E et M. C sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A E à M. B F, et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au le préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404428 ; 240443
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026