vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 7 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son Conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que
- l'obligation de quitter le territoire français : est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ; est intervenue sans vérification de son droit au séjour prévu par l'article L. 613-1 alors qu'elle peut se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendue, principe général du droit de l'Union européenne exprimé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'UE ; viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision prononçant une interdiction de retour : sera annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; est insuffisamment motivée ; est disproportionnée.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailleul, premier conseiller, pour statuer sur la requête.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- les observations de Me Huard représentant Mme B, le préfet de l'Isère n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Selon les dispositions du b) du 1°de l'article L. 542-2 du même code, le droit de se maintenir prend fin lorsque l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile d'un demandeur pour irrecevabilité. Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () "
3. Mme B, ressortissante nigériane née en 1995, ou en 2000 selon ses dernières déclarations, soutient être entrée en France en février 2019. Elle a déposé une première demande d'asile en 2021 qui a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2022, puis a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le 25 avril 2023. Le 30 janvier 2024, elle a formulé une demande de réexamen que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejetée pour irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. L'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours comporte les motifs de droit et de fait en constituant le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.
5. Mme B bénéficie d'un hébergement d'urgence avec accompagnement social et du soutien d'une association qui envisage de l'inscrire à un parcours de sortie de la prostitution prévu par le code de l'action sociale et des familles. Toutefois, il est constant qu'à la date de l'arrêté, elle n'était pas engagée dans ce parcours et ne remplissait pas, dans ces circonstances, les conditions pour se voir délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet a fait application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions et n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation avant de prendre l'arrêté en litige.
6. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour constitue un principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il implique que le ressortissant étranger ait la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement.
7. La requérante qui ne pouvait ignorer qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement en cas de rejet de sa demande de réexamen, ne fait état dans son recours d'aucun fait qui n'aurait pas été pris en compte par le préfet ou qui l'aurait amené à prendre une décision différente. Elle n'est, dans ces conditions, pas fondée à soutenir que la décision est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux.
8. Mme B vit seule en France avec son fils, né en février 2017, qui a vocation à la suivre en cas de retour dans son pays. Elle n'établit ni son âge ni la date à laquelle elle est entrée en France et ne démontre pas que son enfant ne pourrait poursuivre sa scolarité au Nigéria. Si elle soutient avoir dissimulé la réalité de son parcours lors de sa demande d'asile enregistrée en 2021, sous l'influence d'un homme qu'elle fréquentait à son arrivée en France, ses allégations sont insuffisamment établies alors que sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2024. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu le droit au respect de sa vie privée et familiale, qui lui est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. La requérante n'établit par aucune pièce la réalité et l'actualité des risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () " Selon les dispositions de l'article L. 613-2, la décision prononçant une interdiction de retour doit être motivée.
11. L'arrêté l'obligeant à quitter le territoire n'étant pas illégal, le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de retour sera annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement, doit être écarté.
12. L'arrêté du 17 juin 2024 mentionne l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce, en prenant en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du même code, les considérations de fait qui justifient que soit prise à l'égard de la requérante une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La décision portant interdiction de retour est, ainsi, régulièrement motivée.
13. Mme B ne justifie pas d'attaches sur le territoire en dehors de son enfant mineur. Elle n'est présente que depuis le 20 février 2019, selon ses déclarations, et a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en avril 2023 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 5 juillet 2023. Par suite, en prenant à son encontre une décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions citées au point 10.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
C. BailleulLa greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026