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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404610

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404610

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDIOUF-GARIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. B A représenté par Me Diouf-Garin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision orale du préfet de l'Isère, en date du 29 avril 2024, refusant d'enregistrer sa demande de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de suspendre l'exécution de la décision du préfet de l'Isère, en date du 29 avril 2024, refusant de lui délivrer un récépissé de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enregistrer la demande de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement d'autorisation et ce dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'examiner sa demande de titre de séjour dans le délai de quatre mois à compter du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Diouf de la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

M. B A soutient que :

- sur l'urgence : compte tenu du refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui en délivrer récépissé, il se trouve de manière totalement illégale placé en situation irrégulière ; face à ses difficultés de renouvellement de son titre de séjour, son contrat de travail est aujourd'hui suspendu ;

- sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision : les décisions sont prises par une autorité incompétente ; elles ne sont pas motivées ; elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2404503 enregistrée le 24 juin 2024, par laquelle M. B A représenté par Me Diouf, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 juillet 2024 à 11H30 :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Diouf-Garin, représentant M. B A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". L'article R. 431-12 du même code dispose que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". L'annexe 10 au même code fixe la liste des pièces requises, pour l'enregistrement d'une demande, pour chaque catégorie de titre de séjour.

5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 433-1 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

6. Par ailleurs, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

7. En l'espèce, compte tenu des éléments versés au dossier et en l'absence de toute production du préfet de l'Isère dans l'instance, le requérant, qui s'est vu opposer un refus verbal lorsqu'il s'est déplacé en préfecture de l'Isère afin de déposer sa demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour en tant que parent d'enfant malade, doit être considéré comme ayant déposé un dossier complet au regard de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit qu'en refusant ainsi d'enregistrer la demande de titre de séjour, le préfet a pris une mesure qui a le caractère d'un acte faisant grief dont l'intéressé est recevable à demander la suspension.

8. La décision en litige, par laquelle l'agent au guichet a refusé d'enregistrer cette demande, créée une rupture dans le droit au séjour de M. A en ce que jusqu'à la date de cette décision, il se trouvait en situation régulière, qu'il était employé depuis 20 novembre 2023 par la société Centre de Grenoble en qualité d'opérateur production et qu'il n'est pas contesté par le préfet que face aux difficultés de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour, son contrat de travail est aujourd'hui suspendu. La nécessité de continuité des soins prodigués à l'enfant malade n'est pas davantage contestée par le préfet. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit donc être regardée comme satisfaite.

9. En l'état de l'instruction, les moyens soulevés et tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, le requérant est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

11. La suspension prononcée implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à l'enregistrement de sa demande d'autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer, à cette occasion, le récépissé de dépôt de demande de titre correspondant l'autorisant à travailler. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Diouf-Garin, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci le versement à cette avocate de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros lui sera versée.

O R D O N N E

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: L'exécution de la décision orale en date du 29 avril 2024 par laquelle du préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer la demande de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail présentée par M. A est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3: Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder à l'enregistrement de la demande d'autorisation provisoire de séjour présentée par M. A et de lui délivrer, à cette occasion, le récépissé de dépôt de demande de titre correspondant l'autorisant à travailler. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve que Me Diouf-Garin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier lui versera la somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à ce dernier.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Diouf-Garin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 18 juillet 2024.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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