vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 26 juin 2024, M. B A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de renouveler son titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
Le refus de titre de séjour
- est entaché d'erreur de droit dans l'application des stipulations des articles 6.2° et 7 bis a) de l'accord franco-algérien dès lors que le jugement de divorce prononcé en Algérie ne lui est pas opposable dans la mesure où il heurte l'ordre public français et révèle l'existence d'une fraude ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6.5 de l'accord franco-algérien ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- est dépourvue de base légale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est illégale en raison des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sur lesquelles elle se fonde ;
La décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant le titre de séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire national.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention franco-algérienne du 24 août 1964 relative à l'exequatur et à l'extradition ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est un ressortissant algérien né le 21 février 1982. Le 30 juin 2022, il a épousé une ressortissante française en Algérie. Le 28 février 2023, il est entré sur le territoire français sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de de court séjour valable du 25 février 2023 au 24 août 2023, portant la mention " famille de français ". Il a ensuite obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de conjoint de français valable du 6 juin 2023 au 5 juin 2024. Par jugement du 4 mars 2024, le tribunal de Constantine a prononcé son divorce à sa demande. Le 24 mai 2024, il a demandé en qualité de conjoint de française le renouvellement de son titre de séjour et un certificat de résidence algérien valable dix ans, en application de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par l'arrêté attaqué du 3 juin 2024, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 14 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de la Drôme a donné à M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture, délégation pour signer toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des actes attaqués doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement de certificat de résidence délivré au titre du 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux". Aux termes de l'article 7bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : a) Au ressortissant algérien marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ".
4. Par ailleurs, les jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes produisent leurs effets en France indépendamment de toute déclaration d'exequatur, sauf dans la mesure où ils impliquent des actes d'exécution matérielle sur des biens ou de coercition sur des personnes. Si l'autorité administrative doit tenir compte de tels jugements dans l'exercice de ses prérogatives, il lui appartient toutefois, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de ne pas fonder sa décision sur des éléments issus d'un jugement étranger qui révéleraient l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
5. Le 3 juin 2024, le préfet de la Drôme a refusé de délivrer à M. A le certificat de résidence en qualité de conjoint de français qu'il avait demandé au motif que son divorce avait été prononcé à la suite de sa demande du 27 novembre 2023 par jugement du tribunal de Constantine du 4 mars 2024, que la cohabitation conjugale entre les époux A n'avait duré que 2 mois et " que tout laisse à croire que le mariage a été célébré dans le but exclusif d'entrer en France, sans aucune intention matrimoniale ". Le préfet en conclut que M. A est divorcé de son épouse, qu'il ne peut plus prétendre à sa qualité de conjoint de française et qu'en conséquence, il ne remplit pas les conditions prévues par les articles précités 6-2 et 7bis a) de l'accord franco-algérien.
6. Pour contester la légalité de cette décision, le requérant soutient, d'une part, que ce jugement de divorce n'est pas opposable en droit français dès lors qu'il est contraire à la conception française de l'ordre public international en ce qu'il a été prononcé sur la volonté unilatérale du mari en application de l'article 48 du code de la famille algérien et que cet acte de répudiation heurte ainsi l'ordre public français.
7. L'article 48 du code algérien de la famille dans sa version résultant de l'ordonnance n° 05-02 du 27 février 2005 : " Le divorce est la dissolution du mariage, sous réserve des dispositions de l'article 49, ci-dessous. Il intervient par la volonté de l'époux, par consentement mutuel des deux époux ou à la demande de l'épouse dans la limite des cas prévus aux articles 53 et 54 de la présente loi ".
8. Il est vrai que le divorce a été prononcé le 4 mars 2024 sur la volonté unilatérale de l'époux sur le fondement précité de l'article 48 qui n'accorde pas les mêmes droits à l'épouse en ce qu'elle ne peut demander le divorce que pour des causes énumérées à l'article 53 de ce code et moyennant le versement d'une somme d'argent à l'époux en l'absence de son accord selon l'article 54 du même code.
9. C'est toutefois M. A qui pris l'initiative de divorcer en Algérie. Il est également l'époux à l'égard duquel sont prévues les règles de divorce les plus favorables. Dans ces conditions, il est disqualifié pour soutenir, qu'à son égard, ce jugement révélerait l'existence d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international par méconnaissance du principe d'égalité entre époux.
10. M. A soutient, d'autre part, que ce jugement de divorce révèle l'existence d'une fraude en ce qu'il ne pouvait valablement engager une procédure de divorce en Algérie alors que seul le juge français était compétent pour statuer sur sa demande.
11. Le requérant n'assortit son affirmation selon laquelle il ne pouvait valablement engager une procédure de divorce qu'en France d'aucune argumentation juridique. En tout état de cause, il ne peut pas se prévaloir de sa propre turpitude pour échapper en France aux effets d'un divorce prononcé en Algérie à sa demande aux seules fins de renouveler un titre de séjour auparavant obtenu en qualité de conjoint de française.
12. Il s'ensuit que le jugement du 4 mars 2024 ne révèle pas, dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en fondant son refus de délivrer un titre de séjour à M. A sur ce jugement de divorce.
13. En second lieu, eu égard à la brève durée de séjour en France de M. A et aux attaches familiales qu'il garde en Algérie où résident ses 4 enfants issus de sa précédente union, son père, sa mère, ses frère et sœurs, la décision refusant de lui accorder un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit alors même qu'il exerce des missions intérimaires comme maçon. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les stipulations de l'article articles 6.5 de l'accord franco-algérien. Il n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il comporte sur sa situation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
14. M. A n'établit pas l'illégalité du refus de titre de séjour qu'il lui a été opposé le 3 juin 2024 par le préfet de la Drôme. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui du recours en annulation contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. Pour les raisons exposées au point 13, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :
16. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240465
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026