vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder au réexamen de son dossier ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une carte de séjour temporaire et, dans l'attente, un récépissé de demande de carte de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'irrégularité faute de pouvoir vérifier la régularité de l'avis médical sur lequel il se fonde ;
- les observations de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doivent être demandées en application de l'article L. 425-9-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Haute-Savoie a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application du 1° de l'article L. 432-13 ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense enregistrés les 31 juillet 2024 et 2 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut à la mise en cause de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui, en sa qualité d'observateur, a produit, le 12 août 2024, le dossier médical de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, M. Ban a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 4 mars 1989, est entré en France en 2019. Par une décision du 6 octobre 2021 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 2 mars 2022, l'Office français de protection des réfugié et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Après l'avis favorable du 18 mars 2020 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui préconise notamment une poursuite des soins pendant une durée de 24 mois, le préfet de la Haute-Savoie lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable du 24 juillet 2020 au 23 janvier 2021 avant de lui accorder une carte temporaire de séjour valable du 6 avril 2021 au 5 avril 2022.
2. Le 4 mars 2022, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Après un nouvel avis favorable du 5 juillet 2022 des médecins de l'OFII pour une poursuite des soins pendant une durée de 6 mois, M. A s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire valable du 25 août 2022 au 24 août 2023. Le 18 août 2023, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Dans son troisième avis du 14 décembre 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé camerounais, il peut effectivement y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par l'arrêté attaqué du 14 mai 2024, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
3. Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. A, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions d'annulation :
4. Le préfet de la Haute-Savoie a produit l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 14 décembre 2023 ainsi que son bordereau de transmission. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'absence de cet avis ne permettrait pas au requérant d'en contrôler la régularité doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
6. Pour remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII et l'appréciation faite sur ce point par le préfet de la Haute-Savoie, selon laquelle il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, M. A produit un certificat médical établi le 13 juin 2024 par un praticien du service d'infectiologie du centre hospitalier Annecy-Genevois. Il en ressort que M. A est atteint du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) nécessitant un traitement antirétroviral (Biktarvy) sans interruption et un suivi biologique immunovirologique tous les six mois ainsi qu'une consultation en infectiologie tous les 3 mois selon le dossier médical communiqué par l'OFII. Ce traitement lui a permis d'obtenir rapidement et de garder une charge virale indétectable. Ce certificat précise que M. A n'avait pas réussi à obtenir des soins satisfaisants au Cameroun où il a été victime d'une agression et que, " (..) malgré des progrès encourageants avec l'instauration d'une couverture sanitaire universelle pour les soins du VIH au Cameroun récemment, la stigmatisation liée au VIH reste très importante, limitant le recours à des soins de proximité. Il y a encore occasionnellement des ruptures de traitement antirétroviral ne permettant pas de garantir la continuité de son traitement ".
7. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté qu'il existe au Cameroun des services d'infectiologie à même d'assurer la prise en charge du VIH, que des antirétroviraux y sont disponibles et qu'une couverture universelle a été mise en place pour les soins contre cette pathologie. Dès lors, le certificat médical produit et les éléments du dossier médical transmis avec l'accord de M. A sont insuffisamment circonstanciés pour remettre en cause l'appréciation selon laquelle il peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement médical approprié au sens des dispositions précitées, sans qu'il y ait lieu de rechercher si ces soins sont équivalents à ceux offerts en France. Par suite, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Par ailleurs, M. A était présent en France depuis près de 5 ans à la date de l'arrêté attaqué dont plus de trois ans en séjour régulier pour recevoir des soins. Après avoir exercé diverses missions de travail temporaire, il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet depuis le 23 mai 2024 comme employé de caisse dans un commerce. Toutefois ce contrat est postérieur à l'arrêté attaqué et M. A était en période d'essai jusqu'au 22 juillet 2024. Par ailleurs, sa relation avec une ressortissante française est également récente et la déclaration d'un pacte civil de solidarité (PACS) du 6 juin 2014 n'a été enregistrée que le 9 août 2024. Il ne justifie pas de la réalité des risques qu'il soutient encourir en cas de retour au Cameroun. Dès lors, eu égard à l'ensemble de ces éléments, et malgré son engagement associatif, la décision refusant de lui accorder un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas au nombre des étrangers pouvant bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Dès lors, avant de lui refuser un titre de séjour, le préfet de la Haute-Savoie n'avait pas à consulter la commission du titre de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
Mme Anne Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404653
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026