jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024 et transmise par une ordonnance du magistrat désigné du tribunal administratif de Lyon, M. C A, représenté par La SELARL BS2A Bescou et Sabatier Associés, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté contesté :
- il est entaché de l'incompétence de son auteur ;
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à l'existence d'une menace grave et actuelle pour l'ordre public ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- il est entaché d'erreurs de fait dès lors qu'il est titulaire d'un passeport valide et que sa présence n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des articles L. 612-2 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dans la prise en compte d'une circonstance humanitaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L.612-8 et -10.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une intervention, enregistrée le 3 juillet 2024, Mme E D demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. A au motif que ce dernier est soutenant pour sa fille.
Vu :
- les décisions contestées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Bescou représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er avril 1999, déclare être entré sur le territoire français courant 2021. A la suite de son placement en garde à vue du chef de violences conjugales, le préfet de l'Isère a, par l'arrêté contesté du 25 juin 2024, pris à son encontre une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire et fixant le pays de destination, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur l'intervention volontaire :
2. Mme E D indique intervenir en qualité de belle-mère du requérant. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à justifier de la qualité dont elle se prévaut. En tout état de cause, elle ne justifie pas d'un intérêt suffisant à intervenir à l'appui de la requête. Par suite, son intervention est irrecevable.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction:
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :
4. M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 8 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°38-2024-103. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
5. En premier lieu, contrairement à ce qu'allègue le requérant, le préfet n'a pas fait état d'une menace à l'ordre public dans sa motivation de la décision d'éloignement de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
7. Si le requérant soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis trois ans, il n'apporte pas d'élément de nature à en justifier et, en tout état de cause, il est constant que son entrée et son séjour sont irréguliers. M. A se prévaut par ailleurs d'un contrat à durée indéterminée dont il se borne à produire une copie non signée. Il fait enfin valoir qu'il entretient une relation de couple avec une ressortissante française avec laquelle ils attendent un enfant. Toutefois, cette relation avec Inès Guecier, mineure âgée de 16 ans, date de seulement un an selon leurs déclarations. En outre, si Inès Guecier est revenue sur ses premières dénonciations faites aux policiers intervenus à son domicile le 24 juin 2024, elle a maintenu, lors de son audition par les services de police du 25 juin 2024, subir de la part de M. A des violences physiques et psychologiques. Il ressort de cette audition qu'elle avait déposé une première plainte au mois de janvier, ensuite retirée. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant ne justifie pas de liens familiaux intenses, stables et pérennes sur le territoire. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dépourvu de liens familiaux en Tunisie où il a vécu, selon ses déclarations, jusqu'à l'âge de 22 ans. Par suite, la décision d'éloignement ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision d'éloignement prise à son encontre.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour;() / 4°L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français;/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3o de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5."
11. M. A déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français et il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ne prétend pas ni ne démontre l'existence de circonstances particulières de nature s'opposer à ce que le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français soit regardé comme établi en application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces circonstances suffisaient au préfet de l'Isère pour priver l'intéressé de tout délai de départ volontaire, nonobstant le fait qu'il est titulaire d'un passeport et que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance des articles L.612-2 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant une interdiction de retour de deux ans :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement et de la décision refusant le délai de départ volontaire.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
16. Au regard de sa situation personnelle telle que décrite au point 7, l'interdiction de retour ne porte pas droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
17. En troisième lieu, le préfet a pris en considération, pour prendre les décisions contestées, l'état de grossesse de la compagne de M. A et le requérant ne démontre pas qu'il constitue, dans les circonstances de l'espèce, des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
18. En quatrième et dernier lieu, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, prononcer une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé et que sa situation personnelle et familiale ne relève pas de circonstances humanitaires pouvant y faire obstacle. Compte tenu de l'absence de justificatif permettant à M. A de se prévaloir de l'ancienneté de trois ans sur le territoire qu'il allègue et au regard du caractère récent de sa relation avec sa compagne, qui a dénoncé à deux reprises des violences conjugales de sa part, la durée de deux ans d'interdiction de retour retenue par le préfet n'est pas disproportionnée à sa situation. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées.
20. Les conclusions à fin d'injonction doivent, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse au requérant la somme qu'il sollicite au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :L'intervention de Mme E D n'est pas admise.Article 2 :M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.Article 3 :Le surplus de la requête de M. A est rejeté.Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à La SELARL BS2A Bescou et Sabatier Associés et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le magistrat désigné,La greffière,
E. B L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026