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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404770

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404770

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 4
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu repris notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il a été pris en méconnaissance des articles L. 611-1, L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration ne démontre pas qu'une décision définitive concernant sa demande d'asile lui a bien été notifiée ;

- le préfet ne pouvait prononcer une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024 à 13h59, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ruocco-Nardo en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont régulièrement été convoquées à l'audience du 25 juillet 2024 à 11h30.

Par un avis du 25 juillet 2024, les parties ont été informées de ce que l'audience était renvoyée le même jour à 14h00 faute d'interprète en langue bengali malgré la demande de M. A du 12 juillet 2024.

Lors de l'audience publique du 25 juillet 2024 à 14h00 :

- M. Ruocco-Nardo, magistrat désigné, a lu son rapport et a fait une synthèse du mémoire en défense du préfet de la Drôme ;

- M. A, assisté par téléphone de M. B interprète en langue bengali ayant prêté serment, a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Après avoir constaté l'absence du préfet de la Drôme ou de son représentant, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h32.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né 1er mars 1991, est entré en France le 13 février 2023. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 24 mai 2024. Par un arrêté du 29 mai 2024, le préfet de la Drôme a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 14 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Drôme a procédé à un examen particulier de sa situation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : [] le droit de toute personne d'être entendu avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas par elles-mêmes invocables contre une mesure d'éloignement, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

6. Lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, dont la démarche tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'il pourra le cas échéant faire l'objet d'un refus d'admission au séjour en cas de rejet de sa demande et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toutes observations complémentaires utiles, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise à la suite du refus définitif de sa demande d'asile.

7. Le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu dès lors qu'il n'a jamais été mis à même de présenter des observations en préfecture sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine et sur sa situation médicale alors qu'il souffre d'un important stress post traumatique et d'un diabète. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture de l'Isère pour faire valoir ses observations, ni qu'il ait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit prise la décision d'éloignement litigieuse, ni qu'il ait été empêché de présenter une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que son droit d'être entendu a été méconnu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 542-1 de ce code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. "

9. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'extrait TelemOfpra produit, que l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile du requérant le 18 juillet 2023 et que la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet le 24 mai 2024. Dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a examiné sa demande, sans qu'elle ne statue par voie d'ordonnance, son droit au maintien sur le territoire français prenait fin à la date de lecture de la décision, soit le 24 mai 2024. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En cinquième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel est le cas de l'étranger qui remplit les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.".

11. Si M. A soutient qu'il souffre de diabète et d'un stress post-traumatique nécessitant un traitement dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et de ce qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine où il serait exposé à des représailles, il n'apporte aucun élément d'ordre médical justifiant de ce qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, qu'il soit exposé à des représailles est sans incidence sur l'appréciation de ce moyen. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Drôme ne pouvait prononcer une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. A se prévaut de ce qu'il risque de subir des traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il a fait l'objet de représailles de la part de son cousin, appartenant à la ligue Awami, qui l'a agressé et séquestré. Il ajoute que les membres de sa famille, dont son épouse et sa fille, ont été agressés à plusieurs reprises, que son beau-père en est décédé et qu'il est recherché par les forces de l'ordre pour une affaire de meurtre. Néanmoins, les pièces versées à l'instance par le requérant sont insuffisantes pour attester de la réalité de ses allégations. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 9, sa demande d'asile a été rejetée, le 18 juillet 2023, par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et, le 24 mai 2024, par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 11 et 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. A doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 29 mai 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

T. RUOCCO-NARDO Le greffier,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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